Théâtre

« Gravilo Princip » à Actoral : De Warme Winkel met en cinéma le jour où l’Europe est morte

« Gravilo Princip » à Actoral : De Warme Winkel met en cinéma le jour où l’Europe est morte

06 octobre 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

À Actoral, l’excellent festival consacré aux écritures contemporaines, créé par Hubert Colas et se déroulant à Marseille jusqu’au 13 octobre, la compagnie néerlandaise a livré un délicieux théâtre vintage au lendemain du cinéma parlant.

« Le 28 juin 1914 à Sarajevo, le jeune nationaliste serbe de Bosnie nommé Gavrilo Princip assassine l’archiduc François Ferdinand, héritier de l’Empire austro-hongrois, et son épouse Sophie Chotek, duchesse d’Autriche. » La suite, on la connait, un siècle marqué par les guerres et le suivant, comme un corollaire, temple du terrorisme.

Sur le plateau, l’ambiance est au montage du décor, très très chargé, et vraiment théâtral au sens classique du terme. Nous sommes dans une histoire, racontée chronologiquement, avec des techniques issues des fondements du spectacle vivant. Thomas Dudkiewicz, Nimue Walraven, Vincent Rietveld, Mara van Vlijmen et Ward Weemhoff pas encore grimés en presque sosies de Charlie Chaplin participent à créer des pièces dont nous spectateurs ne voyons que l’envers.

Comme chez Öhrn ou Castorf, les acteurs jouent derrière. Ils sont filmés par Emo Weemhoff et c’est par le prisme des images retransmises en direct qu’on accède à la représentation. Pas en permanence mais de façon majoritaire.

Alors, on suit la vie, de la naissance à la mort de Princip, on découvre ses amours et ses manques. Sur le plateau, il y a de la magie. Un comédien créé la bande son en direct, on voit tout en train de se faire sauf l’acte même. On ne se sent pas exclu ici, au contraire, on est pris par la folie de ce geste : tuer un chef d’Etat. Princip ne sera pas le dernier dans ce siècle qui débute mais son acte glace et divise.

La compagnie interroge la notion d’embrigadement collectif

Une scène démente où l’élite danse et se saoule avant d’être figée et troublée au point qu’ils apparaissent comme des poupées dans un immense billard dit à elle seule ce qu’est un sentiment d’effroi national. La traduction très bien pensée est complètement intégrée à l’écran qui est lui une simple toile tendue. Historiquement, le récit tient bien la route, et assume son rôle de reconstitution.

Alors pourquoi montrer ce 28 juin 1914 ? Car il résonne encore en 2018. La compagnie interroge la notion d’embrigadement collectif qui rend la parole unique et va jusqu’à pousser le parallèle, un peu rapide, mais compréhensible jusqu’au djihadistes.  Ce n’est pas nouveau, « L’histoire est une galerie de tableaux où il y a peu d’originaux et beaucoup de copies. » écrivait Alexis de Tocqueville et l’idée que l’on apprend jamais du passé est toujours prouvée par les faits. En 1914 comme en 2018, des gamins se prennent pour des combattants et se transforment en criminels sans aucun remord.

Ce portait d’un moment, le 28 juin 1914, vient nous montrer ce que l’on savait déjà, qu’un fait historique peut être le prétexte à basculer dans un autre monde, pire encore et nous y vivons, encore. Deux heures complètement tourbillonnantes, où les portes claquent et tombent, où l’on chante en serbe, où les filles soufflent sur des bougies. Une vraie pièce historique dans la droite tradition d’Ivo Van Hove.

Visuel : ©De Warme Winkel, Gavrilo Princip © Sofie Knijff

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. amelie@toutelaculture.com

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