Théâtre

[FMTM OFF²] Le Friix, c’est doublement chix au Vert Bock

[FMTM OFF²] Le Friix, c’est doublement chix au Vert Bock

24 septembre 2019 | PAR Mathieu Dochtermann

Le Friix Club, c’est le fruit du travail de Frédéric Feliciano, accompagné de Céline Giret. La compagnie a posé ses valise au bar Le Vert Bock à Charleville jusqu’au 27 septembre avec deux spectacles. On peut mesurer, en les voyant, à la fois le goût de Frédéric Feliciano pour le grand écart, en termes de variété de formes et de techniques, et sa très grande virtuosité comme manipulateur. Mano Dino, présenté tous les jours à 11h, est un spectacle compatible jeune public, où le marionnettiste joue les personnages directement avec ses mains presque nues. Guignol ou la vie des pov’gants, présenté tous les jours à 22h30, est un spectacle de gaine en castelet transparent, dans la veine subversive typique de cette discipline.

Mano Dino : spectacle jeune public pour mains nues virtuoses

Mano Dino, ce sont les aventures muettes d’un petit dinosaure. De jeux solitaires en rencontres, de pluies diluviennes en plongée subaquatique, les rebondissements dessinent une histoire toute simple, plutôt tendre, légèrement farfelue, qui ravit les enfants et charme les adultes. La surprise finale a posé un sourire sur toutes les lèvres dans la salle.

Le spectacle est présenté sur table, le plan incliné représentant alternativement une prairie et un fond marin. Techniquement, la proposition repose sur des techniques très sobres : dans une implantation qui emploie les astuces du théâtre noir, quelques accessoires simples – et parfois joliment imaginatifs – sont employés, montés sur tiges, le marionnettiste étant caché dans l’ombre.

Ce sont les mains de ce dernier qui sont le clou du spectacle : les deux personnages principaux – les deux seuls en réalité – sont campés directement par ses mains nues, affublées d’une petite touffe verte en guise de crêtes. Plus sobre encore que les spectacles de Javier Aranda (par exemple Parias), mais assez proche du Cirque à quatre mains de La Fabrique des Arts d’A Côté (notre critique).

Difficile d’imaginer qu’un index puisse à lui seul exprimer l’hésitation, la bouderie, la curiosité ou la peur. Mais tel est le talent de Frédéric Feliciano : il en est capable, et si le message passe avec une clarté cristalline auprès d’un public d’enfants, c’est qu’il frise la perfection.

Une histoire mi-poétique mi-tendre, qui s’autorise des incursions dans de jolies divagations. Elle fait mouche auprès des enfants, mais les adultes en sortent tout-à-fait charmés !

Guignol et ses pov’gants : gaine un peu punk pour adultes consentants et gaines récalcitrantes

Guignol ou la vie des pov’gants est dans un tout autre registre, un peu annoncé par son titre : plus malicieux, porté sur l’humour noir, il utilise des figures bien connues du Guignol lyonnais – Guignol évidemment, et Gnafron, et le gendarme, et le bourgeois – pour les détourner quelque peu. On part d’une histoire d’entourloupe assez ordinaire, mais on se retrouve vite confronté aux états d’âme du marionnettiste et aux protestations de ses marionnettes. A partir de là, tout devient possible.

Evidemment, ici, il s’agit de gaine, mais de gaine dans un castelet fermé d’un voile transparent. Une bonne partie du plaisir que l’on prend d’abord est donc de voir le marionnettiste à l’oeuvre, ses contorsions que l’on aurait pas soupçonnées, ses passages de main époustouflants, sa gymnastique compliquée pour chausser et déchausser ses marionnettes.

Et puis, à mesure que le spectacle avance et que la représentation s’emballe – Céline Giret constitue à ce titre une accompagnatrice sonore et régisseuse déjantée de tout premier ordre – le plaisir se déplace : Frédéric Feliciano s’engueule avec Guignol, n’y croit plus, menace même. La Mort passe, elle pourrait bien emporter le marionnettiste… qui pourrait bien finir par raccrocher les gants… C’est sur ce double jeu, qui repose sur la confrontation entre manipulateur et marionnettes, qu’on a cependant une petite réserve : Frédéric Feliciano semble par moment avoir du mal à croire lui-même à la fable telle qu’elle est écrite, cela se sent dans la voix même si la position est impeccable.

Car ici aussi, l’artiste fait montre d’une maîtrise admirable de ses instruments : fluidité, rapidité, précision, au service de marionnettes très expressives, qui bénéficient de toute la gamme des astuces de manipulation propres à la gaine. Un tour de force technique comme on en voit malheureusement pas toujours.

Un spectacle, donc, un peu irrévérencieux mais pas trop, un peu intellectualisé mais pas trop, et surtout bien drôle et parfaitement exécuté.

Quitte à passer par Charleville ces jours prochains, il serait dommage de rater tout cela !

Mano Dino
Avec Frédéric Feliciano-Giret
Mise en scène de Céline & Frédéric Feliciano-Giret
Musique de Jacques Ballue
Regard complice de Joëlle Nogues

Guignol ou la vie des pov’ gants
Ecriture, mise en scène, chansons : Frédéric Feliciano
Plasticien sonore : Guillaume Laidin
Construction marionnettes : Frédéric Feliciano
Interprétation : Frédéric Feliciano
Accompagnement sonore : Céline Giret
Regards extérieurs : Paola Rizza & Céline Giret

Visuels : © Pierre Gosselin et Giorgio Pupella

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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