Théâtre

« Fais que les étoiles me considèrent davantage » au Tarmac : quand l’avoir sacrifie l’être

« Fais que les étoiles me considèrent davantage » au Tarmac : quand l’avoir sacrifie l’être

09 novembre 2018 | PAR Claudia Lebon

Sur la scène internationale francophone, l’univers théâtral de Jacques Allaire et la plume de l’écrivain guinéen Hakim Bah donnent naissance à un conte politique qui dénonce le sacrifice de l’être au profit de l’avoir.

Dans une terre lointaine et glaciale où coule une rivière aurifère, attraction pernicieuse au beau milieu de l’enfer, quatre hommes et une femme sont là, avec leur petit tas de vie et d’espoir au fond du coeur. Dans cette nuit éternelle, résonne la prière suggérée par le titre de la pièce qui reprend un vers de Rilke : Fais que les étoiles me considèrent davantage. Mais que demande-t-on aux étoiles ? Il semble qu’ici, l’espérance ne soit faite que d’or, promesse d’un bonheur dont la pièce dénonce clairement les vanités. Car si cette magnifique pépite brille dans les mains de l’homme telle une étoile arrachée au ciel, la désolation la plus totale environne l’abri de fortune où se sont égarés ces chercheurs d’or.

Il s’agit bien là d’un conte, une fable simple où les symboles foisonnent. La fuite dans la montagne du trop ambitieux Zan, l’attente d’un dégel qui semble ne jamais arriver, la nuit infinie et le froid qui engourdit les corps et les cœurs. Le sacrifice de la vie au profit d’une vaine quête de richesse s’illustre de manière absolue par le symbole de l’enfant mort qui donne lieu à une scène shakespearienne où la mère, tenant le petit crâne dans ses mains, se lamente dans un long monologue. Bien que ce personnage féminin incarne une forme de modernité, il n’échappe pas à quelques stéréotypes : la femme est ici la sagesse, l’amour, la sensibilité et subit la folie de ces hommes cupides, jaloux et possessifs.

Le texte est abondant et la parole se consacre beaucoup au récit et au monologue qui vient relater des événements passés décrits minutieusement. Chaque réplique semble devoir faire l’objet d’une répétition, souvent triple et tout en lenteur, une particularité de l’écriture de Hakim Bah : « quand je prends un mot j’aime le presser comme du jus avant de passer un autre ». Mais les deux heures de spectacle souffrent ainsi de ce rythme peu engageant, qui correspond toutefois à la torpeur du quotidien des personnages.

Ce conte philosophique inspiré du Zarathoustra de Nietzsche et que Jacques Allaire souhaitait « aussi limpide qu’un conte pour enfants » nous invite à réfléchir sur ce qui subsiste de l’être humain lorsque l’obsession de l’avoir le ronge. Dans cet univers lugubre et sauvage où seul l’espoir de l’or semble animer les personnages, c’est finalement l’espoir de l’amour qui fait vivre chacun et sauve ainsi son humanité.

Fais que les étoiles me considèrent davantage au Tarmac, 159 Avenue Gambetta Paris 20
Spectacle : Jacques Allaire
Scénographie : Jacques Allaire et Christophe Mazet
Texte : Hakim Bah
Avec : Marina Keltchewsky, Jean-Pierre Baro, Malik Faraoun, Romain Fauroux, Criss Niangouna
Jusqu’au 24 novembre

Visuels © Laurence Leblanc © Frédéric Desmesure

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