Danse

Au Tarmac,  « Negotiation » bouscule la tradition

Au Tarmac,  « Negotiation » bouscule la tradition

19 février 2018 | PAR Mariama Darame

L’incertitude demeure sur le futur du Tarmac. Le communiqué lapidaire du ministère de la culture le 31 janvier dernier, programme la fermeture de la scène de la francophonie internationale à la fin de l’année. Dans ce contexte-ci, la participation du théâtre au festival de danse Faits d’hiver a pris une tonalité toute particulière. 

Cette année, pour le 20ème anniversaire du festival Faits d’Hiver, la scène internationale francophone du Tarmac a présenté sa nouvelle création « Negotiation ». Fruit de la rencontre entre le franco-laotien Olé Khamchanla, chorégraphe hip hop et le thaïlandais et maitre du khon Pichet Klunchun, cette œuvre chorégraphique s’affranchit des traditions, pour cultiver ses propres codes.

En cette dernière représentation, un nuage de fumée dense parcourt la salle. Sur scène, deux silhouettes se dessinent peu à peu. Côte à côte, coude contre coude, Olé Khamchanla et Pichet Klunchun s’animent sur des tonalités semblables à celles d’un cœur qui bat. Deux corps qui convulsent et forment les deux parties d’un tout. Cette rencontre marque le début de la Negotiation. L’histoire d’une confrontation entre deux visions du monde et de la corporalité. Perpétuer, imiter ou créer ? le dilemme est intense, la question dramatique et la réponse insaisissable.
Par des jeux d’ombres et de lumières, les mouvements d’Olé Khamchanla, inspirés du hip-hop se dévoilent. Bras et mains impulsent le tempo.

Virtuose du khon, Pichet Klunchun se plie à la rigueur des gestes codifiées de cette danse traditionnelle thaïlandaise. Nos deux chorégraphes se nourrissent de la même rythmique, et pourtant donnent à voir deux sensibilités au bord de la dissonance. Chacun est comme prisonnier de son propre monde, de sa propre histoire. Si l’un est dans la lumière, l’autre est condamné à évoluer dans l’ombre. La musique est incisive, les notes se suivent et pressent nos deux danseurs vers une confrontation inévitable. Negotiation nous rappelle ainsi que la difficulté réside dans le dépassement de la dualité. Celle qui paralyse, qui malmène et entraine la perte de repères. Les mouvements d’Olé et Pichet se font plus brusques. Les gestes deviennent des explosions d’émotions contradictoires. Leurs corps tout entier se soulèvent quand les mains et les bras ont cessé de s’agiter. Un instant vital, essentiel même, pour la naissance d’un dialogue entre ces deux artistes, symbolisé par ce carré d’or descendant du ciel. Chaque mouvement est l’expression d’un nouveau langage. Ils se parlent, s’apprivoisent et se complètent sur fond de rythmes urbains et de chants thaïlandais. Olé Khamchanla et Pichet Klunchun vivent une rencontre qui les dépasse. Cette connexion indéniable entre les deux artistes, dessine un nouvel horizon où la tradition et les certitudes qui en découlent sont à réécrire.

Une danse organique, instinctive, puissante, engageante…. Entre mouvements hip hop, traditionnels et plus contemporains. Et surtout, une performance à deux où chacun est invité à cultiver sa singularité. Negotiation nous offre une réflexion intense sur ce qui fait culture au-delà des codes. Une ouverture sublime, sur un monde où le métissage est source infinie de richesses et de réinventions. Comme l’a si bien rappelé la directrice du Tarmac Valérie Baran, l’unique théâtre entièrement dédié à la création contemporaine francophone, doit continuer à exister pour ces moments de partage et d’ouverture.

Visuels : ©LeTarmac

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