Danse
Carole Quettier et Anne-Sophie Lancelin ouvrent Faits d’Hiver avec deux soli formidablement désaxés

Carole Quettier et Anne-Sophie Lancelin ouvrent Faits d’Hiver avec deux soli formidablement désaxés

18 janvier 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Finalement, c’est bon, ça passe ! Certes, il faudra attendre pour vraiment faire la fête, mais au moins, c’est bon, c’est lancé, ça danse ! Le festival Faits d’Hiver, qui marque toujours l’entrée dans la nouvelle année chorégraphique, a ouvert hier soir dans la maison mère Micadanses avec deux spectacles, deux soli référencés et puissants.

Pas de deux en solo

Il y en a du lien entre ces deux pièces. Elles sont toutes les deux dansées par une femme. Ces deux femmes ont été interprètes chez les plus grands, Carole Quettier auprès d’Hervé Robbe et Anne-Sophie Lancelin chez Josef Nadj et Thomas Lebrun. Toutes les deux, la première avec une pièce courte de 22 minutes, Mes « soudains », et la seconde avec une partition d’une heure, Persona, donnent des visions cinématographiques de la danse. Toutes les deux semblent être les héroïnes d’un film muet. 

Repli sur soi

Danser la littérature, sans la lire, sans la faire entendre, l’incarner. C’est cela que fait Carole Quettier en s’emparant de Connaissance par les gouffres d’Henri Michaux. Le poète écrit : « Mes jambes coulaient sur moi… Je me surveillais… Je me savais toujours en danger de me trouver emporté en altitude, sur n’importe quel impossible corps qui se trouverait passer ou se tenir dans l’espace… Fini le solide (…) ». Alors, dans un halo vert, très seventies, elle s’exécute, comme captive au son de la musique métronomique de Mauricio Kagel. Elle commence allongée sur le dos avant de se cambrer fort pour tenir son poids sur le haut de son crâne, comme si elle avait avalé ce texte. Toute sa danse une fois debout sera un travail de repli sur soi, où les membres ont besoin les uns des autres pour tenir, tourner, où le corps est morcelé, il n’est plus autonome. Elle reprendra le dessus, à la fin, elle arrivera à faire de son corps une seule entité ! 

Fantasmagorie 

Anne-Sophie Lancelin surgit, elle, sur scène dans un geste 100 % Nadj. Elle est vêtue d’un costume d’homme large et danse elle aussi possédée, mais dans un rythme beaucoup plus rapide. Elle est un oiseau solide sur une patte. Et ça aurait pu suffire, on aurait pu la regarder voler dans un clair-obscur pendant une heure. Mais non, Persona est schizophrène. Elle sera donc plusieurs. Femme masquée d’un objet « en diorite verte et âme en bois très ancienne de Denis Monfleur », elle devient une bête, cachant son visage dans sa veste, sa nouvelle tête portée du bout des doigts. Elle semble être montée sur échasses. Sa danse, comme celle de Carole Quettier est démembrée. Chaque jonction d’os permet chez elle également de dissocier le mouvement. C’est du but? sous LSD. La proposition avance dans la folie jusqu’à devenir une danse assise des mâchoires, clownesque ou droguée, vous choisirez ! Persona est une partition époustouflante sur le fond comme sur la forme. 

Jusqu’au 19 janvier 2022 à Micadanses, à 20 heures. 

Le festival Faits d’Hiver se tient, lui,jusqu’au 16 février

Visuel :  (c) Laurent Paillier

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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