Danse
Entrez dans la ronde de Béatrice Massin à Faits d’Hiver

Entrez dans la ronde de Béatrice Massin à Faits d’Hiver

07 février 2022 | PAR Antoine Couder

Spécialiste de danse baroque, Béatrice Massin prend prétexte d’un rondeau pour lancer une variation sur les mille et une façons contemporaines de jouer du contact avec ses partenaires. Au final, son « Abaca » du grand siècle est aussi un hommage à l’abstraction.

On compte quatre danseurs – trois hommes et une femme- mais en fait ils sont cinq. Il y a aussi un truc que l’on déplace sur roulettes. Une grande porte qui ressemble à une pièce de décor ou au chevalet d’un peintre. Un objet totalement abstrait que les danseurs font applaudir  à la fin de la représentation. Cette porte qui, à défaut de danser roule et autorise une suite de facétie qui apporte une bonne distance avec la scène de Cour d’origine, en imposant un contexte où se trouvent posées à égale distance la danse du grand siècle et celle de l’abstraction. « Abaca » raconte le passage de l’une à l’autre dans une exploration serrée, sensorielle et émotionnelle, technique bien sûr. Le pari est ambitieux, mais Béatrice Massin joue avec légèreté et malice, chorégraphiant des péripéties burlesques à la façon d’un Dimitris Papaioannou qui serait revenu à un peu de sobriété. Elle navigue sans encombre d’une époque à une autre, sans que ce qui pourrait apparaître comme des hommages appuyés n’entrave la bonne marche de la ronde, toujours à la recherche de nouvelles figures, mais inlassable pourtant dans sa façon de revenir sans cesse au commencement. Il y a cette série de sauts désynchronisés, lourde et belle, ou encore cette séance de caquetages où les danseurs, enfin mêlés,  offrent un final audacieux. Et bien sûr, il y a cette porte que l’on utilise pour entrer ou sortir avec l’un, revenir avec l’autre. On peut aussi s’y accrocher comme sur un tourniquet en pleine vitesse ou se la jeter quasiment au visage. Il y a aussi des regards complices, des gloussements discrets. Une scène de théâtre chanté. Mine de rien, on est parfois à deux doigts de la performance avec cette danse du rire qui voit le groupe disposé à la façon d’une toile de grand maître. Tout à l’air calme et bienséant comme à Versailles sans doute, mais pourtant un danseur part dans un fou rire et ce rire est contagieux. Les autres danseurs se mettent à rire de plus belle. Ils sont alors secoués de l’intérieur jusqu’à ce que leur corps ne palpite et tremble. Le corps des danseurs est-il dansé ? C’est sans doute l’image la plus intéressante de la soirée.

 

Production : Fêtes galantes avec le Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, scène nationale, Danse à Tous les Étages ! Scène de territoire danse, Centre chorégraphique national de Créteil et du Val-de-Marne, Micadanses- Paris 2022.

Photo :© Benoite Fanton.  

 

 

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Antoine Couder
Antoine Couder est journaliste. Il est l’auteur de « Fantômes de la renommée (Ghosts of Fame) », sélectionné pour le prix de la Brasserie Barbès 2018. Il prépare actuellement une biographie de Jacques Higelin (Ed. du Castor Astral, septembre 2022) ainsi qu'un roman musical, à paraître cet été 2022 aux éditions de l'Harmattan.

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