Danse
Fables à la Fontaine : Béatrice Massin, Lia Rodrigues et Dominique Hervieu réinterprètent chacune leur fable à Chaillot

Fables à la Fontaine : Béatrice Massin, Lia Rodrigues et Dominique Hervieu réinterprètent chacune leur fable à Chaillot

18 octobre 2021 | PAR Yaël Hirsch

Le cycle initié par Annie Sellem au début des années 2000 se poursuit. Fables à la Fontaine ouvre le répertoire du moraliste du 17e à toutes formes d’interprétations chorégraphiques. Au Théâtre National de Chaillot  du 7 au 16 octobre derniers, c’est à trois propositions très différentes que le public, volontiers jeune (plein de séances scolaires!) a été initié : le baroque élégant du Loup et l’Agneau de Béatrice Massin, la rage hip-hop Contre ceux qui ont le goût difficile de Lia Rodrigues et des variations sur le langage des signes signées Dominique Hervieu. 

C’est donc un vendredi matin que nous nous glissons entre les élèves venus avec leurs classes voir comment trois femmes chorégraphes mettent à leurs pieds trois fables de La Fontaine. Concentrés, attentifs et volontiers prêts à rire, ces enfants sont des voisins de salle trop rares et absolument merveilleux.

Le Loup et l’Agneau par Béatrice Massin 

Et contre toute attente, c’est avec beaucoup de concentration qu’ils accueillent une première proposition de Béatrice Massin aussi belle que cruelle. Sans un mot, sans autre son que la musique de Marin Marais, le loup et l’agneau apparaissent sous leurs peaux de laine et de poils. Rien ne dépasse et ces grands tas sauvages montent sur des échelles avant de se retrouver au sol pour se dégager et danser. Et quel rythme et quelle danse nous offrent Félix Heaulme et Mylène Lamugnière ! Les gestes du baroques sont épurés, les mains et les corps tournent comme des soleils mais dans une pénombre où l’on sent bien qu’avec la séduction se joue la mort. C’est intense, intensément silencieux et impressionne beaucoup les enfants par une sombre beauté. 

Pour lire notre chronique du spectacle en milieu scolaire, c’est ici. 

Contre ceux qui ont le goût difficile par Lia Rodrigues

Malheureusement, une des deux danseuses s’est blessée, aussi est-ce en vidéo que nous avons pu voir la version par la chorégraphe Brésilienne Lia Rodrigues (à l’honneur avec un portrait au Festival d’automne cette saison) de Contre ceux qui ont le goût difficile. C’est donc sur un grand écran que l’on voit Tais Almeda Da Silva et Dandara Patroclo Santos déconstruire et la fable et nos mythes français à travers les contes populaires. Moulée et musculeuse avec un top et un short aux couleurs flashy, une danseuse commence par se sangler comme dans du bonding pour dégager à la fois une faiblesse et une force animale et écrire de manière arachnéenne et pliée en deux le titre de la fable. Le hip-hop prend ensuite corps dans le duo avec des grands moments de passages de frontière entre l’humain et l’animal (entre « oui » et « non » criés et répétés), une cigale qui nous rejoue Edith Piaf, une « souris verte » sans censure et un final boule d’énergie sur « Motivés » de Zebda où l’on retrouve et le loup et le chant des partisans. Autant de mythes français que Lia Rodrigues envoie valser avec une fougue et un humour qui ne peut que nous séduire et qui fait hurler de rire les enfants. Une bouffée assez géniale d’air frais sur nos vieilles rengaines qu’on aurait bien hâte de découvrir en vrai, malgré la haute qualité du film… 

Le Corbeau et le Renard de Dominique Hervieu 

Et l’on retrouve en final Félix Heaulme, qui vient nous expliquer et nous faire mimer les gestes premiers qui décrivent en langage des sourds-muets le titre de la fameuse fable Le Corbeau et le Renard. Une vidéo bariolée et populaire nous présente le texte dit dans toutes les langues par des personnes de tous âges et tous genres, tandis que Mylène Lamugnière rejoint le danseur pour interpréter un corbeau et un renard très « break » au fil de variations musicales sur le texte de la fable. Cela se veut enjoué et les danseurs ne déméritent pas, mais après la subtile élégance de Béatrice Massin et la déconstruction vitaminée de Lia Rodrigues, le résultat semble gratuitement vulgaire notamment avec un côté « United Colors of La Fontaine » dont le démodé peut heurter des sensibilités encore aiguisées par les travaux et les réflexions de ces dernières années sur le racisme. 

Trois versions donc, très différentes de trois fables qui sont des mondes en soi : la richesse de la proposition a plu aux élèves qui ont encore envie de danser comme les animaux de La Fontaine… 

Les dates de la tournée : Fort de France, Tropiques Atrium Scène nationale le 23 octobre,  Lyon, Maison de la danse les 9-13 novembre, Aubusson, Scène nationale les 15-16 novembre, Marseille, Klap les 19-20 novembre, Alès, Le Cratère – Scène nationale, les 26-27 novembre, Roubaix, Le Colisée, le 2 décembre, Laon, Maison des Arts et loisirs, le 7 décembre, Vélizy, L’Onde, les 10-12 décembre, Meylan, L’Hexagone, le 14 décembre, Limoges, Centres culturels municipaux, les 16-17 décembre, Saint-Étienne, Opéra  les 25-29 janvier 2022. 

 

visuels © Benjamin Mengelle

Au Cinemed 2021, des portraits de femmes battantes en Compétition pour l’Antigone d’or
Edita Gruberova (1946-2021) : mort de l’une des dernières Divas
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture