Danse
Béatrice Massin s’amuse à un pas de deux baroque entre un agneau et un loup

Béatrice Massin s’amuse à un pas de deux baroque entre un agneau et un loup

11 mars 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Bien sûr que ça vous parle, un agneau et un loup, ensemble ! Nous sommes chez La Fontaine, vous l’avez deviné, mais, dans une version chorégraphique ! Cette fable était présentée par Chaillot et l’Avant Seine, pour des enfants en élémentaire au collège Lakanal. On vous raconte.

La raison du plus fort n’est pas toujours la meilleure

C’est quoi déjà la morale ? Ah oui, « La raison du plus fort est toujours la meilleure ». Un sujet politique s’il en est. Et la satire du poète du XVIIe est toujours actuelle. Le contexte est fou. Les théâtres sont fermés par décision arbitraire, les artistes sont contraints de trouver des solutions pour jouer ultra hors les murs. Cette représentation avait donc lieu sur le temps scolaire, un jeudi matin, à 11 heures.  La raison du plus fort est toujours la meilleure ? Vraiment ?

Une grande petite fabrique

Mais revenons aux fondations. Cette fable fait partie d’un large corpus, la Petite Fabrique d’Annie Sellem qui rassemble des Fables mises en danse. Et ce matin, c’est au Collège Lakanal à Colombes, pour des raisons pratiques, que les jeunes élèves d’une classe à triple niveau, CE2, CM1, CM2 ont rendez-vous avec la chorégraphie de Béatrice Massin.

Les danseurs sont pour l’instant à l’abri sous leur peau. Felix Heaulme  est  sous une grande couverture grise et Mylène Lamugnière sous une autre, blanche. Deux escabeaux noirs en bois sont le seul décor.

D’abord dans le silence, puis les pièces de viole de Marin Marais envahissent l’espace sonore. Il faut déjà noter cela, un poète du XVIIe, une musique du XVIIIe, et des corps d’aujourd’hui. Tout le travail est de montrer que la danse parle de façon hyper actuelle, sans mot et sans mime. Si les mouvements sont baroques, dans leurs rondeurs, dans les ports de têtes et bras ouverts et tenus, l’écriture est 100% contemporaine. 

On y voit un pas de deux délicieux où l’agneau (elle) se frotte à ce mauvais garçon, « le loup ». Ils se frottent vraiment, peau à peau avant de s’en libérer, prendre de la hauteur, de la distance. Ils se séduisent, se font des révérences, elle se laisse séduire, la pauvre… On connait la fin de l’histoire, les loups mangent les agneaux, c’est écrit !

C’est violent n’est -ce pas ? L’idée que ce soit écrit ? Ce qui est plus violent c’est de voir à quel espace les danseurs sont assignés. Le collège est neuf, très beau, mais le plateau n’en est pas un, le béton est raide sous les pieds. Ils ont donc dû travailler à adapter leur danse au sol. La lumière est elle aussi raide, ils doivent faire avec, dans une brutalité qui ne laisse rien passer.

Et dans ces conditions, le rire, la beauté, la légèreté sont là. Et les enfants conquis sont intarissables. Le spectacle, 20 minutes, est suivi d’un temps de rencontre de la même durée. Il est fascinant de les écouter comprendre que la danse est un langage, qu’une histoire peut se raconter sans dire « il était une fois ». 

Un acte militant donc. 

 

Visuel : © ABN

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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