Politique culturelle

Couronnement et censure de Joana Vasconcelos au Château de Versailles.

Couronnement et censure de Joana Vasconcelos au Château de Versailles.

14 juillet 2012 | PAR Bérénice Clerc

 

Joana Vasconcelos est la première femme à installer ses œuvres contemporaines au Château de Versailles. Elle livre un panorama de l’image de la femme, des jardins à la Galerie des Glaces jusqu’au 30 septembre. Nous avions constaté dans cet article l’absence quasi totale des femmes dans les milieux culturels. Qu’en est-il des censures liées à la féminité ? Pourquoi La Fiancée, œuvre majeure de l’artiste, n’a pas trouvée sa place à Versailles ?

Née à Paris en 1971, puis élevée à Lisbonne, Joana Vasconcelos travaille depuis vingt ans avec passion et ses œuvres voyagent dans le monde entier. Depuis le 19 juin, elle occupe le Château de Versailles, ses œuvres trouvent leur place au cœur du style royal et offrent aux touristes, dès les jardins, une vision contemporaine de l’art, heureuse de dialoguer avec un autre temps artistique. Certaines œuvres on été imaginées pour Versailles, d’autres trouvent habilement leur place dans le lieu. Artiste excentrique pour certains, elle tente de lier le décoratif et le conceptuel pour permettre à chaque spectateur de se projeter dans ses œuvres.

Versailles est le lieu parfait pour son travail entre traditions artisanales et contemporaines, histoire et actualité. Une extravagance joyeuse s’empare de Versailles pour parler du pouvoir, de la femme.

Une immense théière, une gigantesque gourde de vin, une œuvre en bouteille de Champagne invitent les spectateurs à imaginer les fastes du royaume, les banquets sans limite.

Des escarpins géants comme les Stilettos de Maryline Monroe, sont dans la salle de bal, formés par des casseroles, ils donnent à voir la dualité entre l’image de la femme aux fourneaux opposée par certains à celle de la sensualité et de la liberté.

Un hélicoptère d’or et de plumes roses, carrosse imaginé pour Marie-Antoinette si elle régnait actuellement et avait toujours sa passion pour les autruches qu’elle élevait dans les jardins de Versailles.

Art baroque, dentelles, crochets, tissus, broderies, fils, tricots, napperons recouvrent des lions en marbre, statues symbolisant le pouvoir masculin, et forment les tentacules des Walkyries monumentales… Fourchettes en plastique, cœur rouge et noir, objets du quotidien détournés et libérés de leur usage premier entrainent le visiteur via 17 œuvres dans une réflexion ludique et amusante sur la place de l’art contemporain, du pouvoir, de la femme à Versailles et ailleurs.

Cette place justement est encore à gagner, le château de Versailles et sa responsable s’en défendent mais Joana Vasconcelos s’est vue censurer une de ses œuvres. La Fiancée, un magnifique lustre idem à ceux du XVIIIe. Il aurait trouvé sa juste place dans la Galerie des Glaces, mais il est fait de 25 000 tampons hygiéniques.

Comment est il possible en 2012 de ne pas laisser place à un discours lié à la femme, son corps, son indépendance, sa liberté d’expression ? Est-il acceptable de penser à la place des visiteurs du monde entier et d’anticiper leur soi-disant crainte ou choc ?

Les femmes sont une fois de plus éloignées, leur flux menstruel considéré comme sale, leurs tampons neufs sous film plastique tabous.

Inimaginable réalité des femmes dont il faut cacher les menstruations, la liberté sexuelle et le désir. Un véritable mépris pudibond pour l’art, les artistes, les visiteurs, les femmes comme Marie-Antoinette et les actuelles.

Cette œuvre révélée à la biennale de Venise, haute de 5 mètres, symbolise l’opposition entre le luxe ostentatoire du luminaire et l’impureté féminine tout en questionnant la virginité de la jeune mariée, l’opposition entre la liberté sexuelle acquise par les femmes au XXe siècle et la continuité de certaines traditions virginales. Emblématique du travail de Joana Vasconcelos cette œuvre interroge la société. Selon l’artiste et en toute logique, la sculpture s’accordait parfaitement au luxe du site ; mais pour le Château de Versailles, La Fiancée ne s’intègre pas au lieu…

Le 104 a sans hésiter décidé d’héberger cette œuvre jugée inappropriée et sexuelle pour le Château de Versailles. Une occasion d’aller vite au 104 pour voir La Fiancée et débattre autour des tabous. Les constellations culturelles sont masculines, l’art contemporain encore plus, il reste beaucoup à faire pour l’art et les femmes.

L’art contemporain au Château de Versailles fait scandale depuis sont arrivée il y a quelques années, il faut saisir cette occasion pour découvrir ou revisiter le château et se nourrir d’art ancien et contemporain en dialogue permanent.

Les promesses sont grandes pour 2013 avec la présence du fabuleux artiste italien Giuseppe Penone.

 

Visuels (c) : Château de Versailles, 104.

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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