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Francophonies en Limousin 2016 : les célébrations de la langue continuent

Francophonies en Limousin 2016 : les célébrations de la langue continuent

29 septembre 2016 | PAR Geoffrey Nabavian

Les Francophonies en Limousin se poursuivent jusqu’au dimanche 2 octobre, date où sera donné une dernière fois le spectacle Tu iras la chercher, à Uzerche. Les usages du français n’ont pas fini d’y être célébrés : après la remise des Prix SACD et RFI Théâtre 2016 à des dramaturges émergents, Limoges va voir se dérouler une demi-journée de réflexion, de gestes artistiques et d’échanges conviviaux sur notre langue, au sein de sa Bibliothèque Francophone multimédia.

Vendredi 30 septembre, aux Francophonies en Limousin, des spectacles théâtraux – Tu iras la chercher, Si tu sors, je sors, Je ne m’en souviens plus, interprété par l’artiste syrien Hassan Abd Alrahman – ou mêlant la danse aux acteurs – On ne brûle pas l’enfer – partageront l’affiche avec les concerts du groupe Gatshen’s et de Guillaume Arsenault. Ainsi qu’avec l’expérience titrée Potages et potagers, mélangeant jardinage, cuisine en direct, photographie et son.

Mais le festival sera également, outre sa participation à la Nuit européenne des chercheurs (rendez-vous sur la Place Saint-Etienne), le lieu d’un événement : « Midi-Minuit, Une ba(l)lade en langues françaises et en francophonies ». Au sein de la Bibliothèque Francophone multimédia, une traversée de douze heures, en entrée totalement libre, se déroulera : conférences ludiques sur l’orthographe, le français aujourd’hui, ou les enjeux de notre langue dans les juridictions pénales internationales, cartes blanches accordées à des artistes, parmi lesquels Frédéric Révérend, Yannick Jaulin, Lyonel Trouillot, Sana Yazigi ou Jean Lambert-wild… Une demi-journée entière destinée à voyager, de façon joyeuse et conviviale, dans le français et ses usages, tant réels qu’imaginaires. Une initiative du Pôle Francophone à Limoges, de son équipe et de son initiateur, Alain Van der Malière, également Président des Francophonies.

Au cours de cette 33e édition, on a particulièrement apprécié les mises en valeur par le festival de la langue littéraire de certains auteurs de théâtre, et ce d’abord à travers les récompenses décernées. Pour sa quinzième occurrence, le Prix SACD de la Dramaturgie francophone est allé à deux dramaturges ex-æquo : la belge Céline Delbecq, pour la pièce L’Enfant sauvage – oeuvre suivant un homme adulte qui fut un ancien enfant placé, écrite par son auteur à la suite d’années d’expériences bénévoles dans le social – et le camerounais Edouard Elvis Bvouma, primé pour A la guerre comme à la Gameboy – texte théâtral qui s’attache à un enfant progressivement plongé dans un conflit armé, qu’il essaiera de vivre comme une aventure imaginaire. Deux œuvres dont les ouvertures fortes – très orale pour l’une, toute en questions pour l’autre – ont sonné, lue par l’auteur pour la première, et par le comédien Simon Mauclair pour la seconde. Brigitte Bladou, membre de la commission théâtre de la SACD, a remis ces prix, suivie par Pascal Paradou, venu décerner le Prix RFI Théâtre. Le lauréat fut, cette fois, Hakim Bah, auteur d’origine guinéenne, récompensé pour Convulsions, texte mettant un épisode de la tragédie des Atrides à l’épreuve de la dureté du monde, ancien comme actuel. L’oeuvre sera mise en écoute l’été prochain sur les ondes de RFI, lors du Festival d’Avignon.

On a goûté également le cycle de lectures « L’Imparfait du présent », qui nous a permis notamment de découvrir Crème-Glacée, brillant texte de la québécoise Marie-Hélène Larose-Truchon, qui fit virevolter, tout en style piquant et en intelligence, quatre figures dans un appartement, une cuisine, et… le fond d’un pot de crème glacée, justement. On pourra dire grand merci aux quatre élèves de l’Ecole du Nord du Théâtre du Nord de Lille, entrés en formation en 2015, qui assurèrent les rôles principaux – Alexandra Gentil, Victoire Goupil, Mathilde Mery et Morgane El Ayoubi – ainsi qu’à leurs condisciples qui les entouraient. D’autres lectures, réunies sous le titre des « Caribéennes« , auront lieu samedi 1er octobre : on garde en tête ce moment-là de l’édition 2014 des Francophonies, qui nous avait permis d’entendre deux textes brillants.

Le soir de ce jour-là, le Théâtre de l’Union présentera également Lou, un spectacle en forme de cabaret portant sur Lou Andreas-Salomé, écrit et composé par Pascal Rinaldi, et mis en scène par Lorenzo Malaguerra, homme dont on apprécie les collaborations régulières avec Jean Lambert-wild. Cependant, on vous conseille aussi fortement d’aller découvrir l’exposition des tableaux de Sébastien Jean, au CCM Jean Gagnant. Présentée dans le cadre de la « Fenêtre Ouverte sur le festival des Quatre Chemins« , en Haïti, dirigé par Guy Régis Junior, cette manifestation donne à voir une soixantaine d’œuvres, réalisées sur des matériaux différents. Nos préférées ont été les peintures, parfois conjuguées avec des traces de brûlé, l’atelier de l’artiste ayant été victime d’un incendie en 2006. Résidant entre Port-au-Prince et Limoges, invité au Grand Palais ou à la Biennale de Venise, Sébastien Jean trace des figures presque toujours en mouvement, laissant apparaître ses coups de pinceau. Pour comprendre ces toiles, on a marché, longtemps, dans l’exposition, on a partagé, ressenti avec elles les gestes qu’elles contenaient. Avant de nous apercevoir que leurs étiquettes descriptives étaient disposées au sol. Belle exposition, bel art, terriens, fiévreux, animés de cris muets. Un art très vivant, très humain, à l’image des Francophonies, auxquelles on souhaite d’avance qu’elles ne perdent jamais cette dimension.

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Visuel : © Christophe Péan

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