Théâtre
Ex vivo / In vitro : séduisant examen à La Colline d’une difficile question de société

Ex vivo / In vitro : séduisant examen à La Colline d’une difficile question de société

21 novembre 2011 | PAR La Rédaction

Nouvel opus du travail de collaboration entre Jean-François Peyret, homme de lettres et de théâtre et Alain Prochiantz, scientifique émérite, Ex vivo / In vitro invite le spectateur du Théâtre National de La Colline à un surprenant voyage vers l’origine du monde, dans la matrice féminine. Jacques Bonnaffé, Yvo Mentens, Pascal Ternisien et Anne-Laure Tondu, n’ont de cesse de chercher à faire leur nid dans cette matrice fluide, cordelée, et parfois adoptive, à l’instar de l’embryon lors de sa nidation, in vivo ou in vitro. Interroger les liens identitaires qui unissent un enfant à ceux qu’On lui désigne comme parents, biologiques ou adoptifs : tel est l’enjeu de ce spectacle résolument politique – ancré dans la vie de notre cité.

A partir de force mythes, légendes lointaines, statistiques et textes de loi au sujet de la procréation, Ex vivo / In vitro cherche une réponse à cette question essentielle : pourquoi engendrer? Les quatre comédiens du spectacle excellent dans l’art de brouiller les pistes. Anne-Laure Tondu chante, d’une voix claire et sensible, son désir d’avoir un enfant tout en avouant ignorer les raisons d’une telle envie, tandis que Yvo Mentens, maître en multilinguisme, universalise les doutes et les difficultés que suscite l’acte de procréer.

A travers Ex vivo / In vitro, Jean-François Peyret et Alain Prochiantz sondent le terrain de la Procréation Médicalement Assistée en adoptant bien volontiers le point de vue de l’enfant : qu’est-ce qu’être le fils de parents homosexuels ? « La preuve vivante de la stérilité de (ses) parents » ? Le fruit d’une absence de coït ? La géniture du technicien de laboratoire ? de qui « (veut) un enfant mais ne (veut) pas coucher avec un homme » ? Le jumeau d’un frère né onze ans auparavant ? Tout en consentant à multiplier les situations cocasses qui en découlent, les auteurs affirment dans le même temps que quoi qu’il arrive, la femme est biologiquement apte à acquérir la nidation. La superbe scénographie de Nicky Rieti figurant une matrice chaude et hospitalière conçue à partir de lianes de chanvre, accompagnée des sensationnelles lumières de Bruno Goubert, construit un espace singulier dans lequel le souvenir inconscient du ventre, sa chaleur et sa liquidité, est évoqué. Quantité de cordes, tendues puis relâchées, guide les acteurs dans cette forêt de fils de la vie, où se perdent les trois Parques. Seule subsiste cette question : pourquoi un enfant?

L’aide à la procréation n’est véritablement qu’une étape dans le processus de création, pas une fin en soi. Elle n’est ni une dérive, ni un mal. Ce que le spectacle semble véritablement opposer c’est l’authentique désir, le réel amour pour l’enfant à venir (qu’il soit venu naturellement ou qu’il provienne d’une éprouvette) et le souhait d’engendrer pour combler un manque, faire plaisir à sa famille ou parce qu’il le faut. Et partant Ex vivo / In vitro, ou qu’est-ce que le vivant ?, engage à repenser la question de l’identité. Il s’agit moins de se demander d’où nous venons, qui est notre père, que de savoir ce que nous sommes – du vivant, une mutation incessante, un régénération continue.

 

Emma Letellier et Amélie Terranera

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