Théâtre

Et la nuit sera calme au Théâtre de la Bastille

Et la nuit sera calme au Théâtre de la Bastille

28 mars 2013 | PAR Amelie Blaustein Niddam

La compagnie Les Irréguliers met en scène une adaptation des Brigands (Die Räuber) de Friedrich von Schiller (1782). La pièce s’inscrit dans un mouvement très actuel de réécriture des textes dans un geste collectif. Neuf comédiens tentent une relecture contemporaine sans jamais atteindre leur but.

Sous le couvert du titre Et la nuit sera calme, c’est bien à Des Brigands que nous assistons, plongés dans une modernité feinte. L’histoire est celle de  la famille Von Moor. Un comte a deux fils, Franz et Karl, le premier est jaloux du second et amoureux de sa fiancée. Il imagine un stratagème pour dépouiller son frère de son héritage. Il le fait passer pour un pervers et un voleur. Isolé, Karl fonde avec ses amis, une troupe de brigands.

« Le monde est inversé, les mendiants sont des rois »

Rendre audible un texte non actuel, cela n’a jamais été un problème, et tous les extrêmes sont possibles. On se souvient du Hamlet de Vincent Macaigne qui dans la boue et le sang faisait jaillir l’adolescence du héros, on se souvient du Misanthrope par Dimitri Klockenbring au Lucernaire où la langue ancienne se révélait en étant mêlée à des attitudes modernes. De la performance au théâtre, tous les champs d’exploration et toutes les esthétiques sont réalisables, tant qu’elles permettent une meilleure compréhension du spectacle. C’est dans le verre et les poubelles qu’un autre Misanthrope, celui de Ivo Van Hove mettait en exergue la folie d’Alceste. Bref, des lectures fines et justifiées venant toutes dire l’actualité des interrogations du passé.

Dans la version proposée au Théâtre de la Bastille, l’esthétique puise plutôt dans l’exigeant travail des Chiens de Navarre, celle d’un bordel très organisé. Une dizaine de comédiens, des coulisses à vues, des longs troncs d’arbres en équilibre sur les murs délimitent le plateau. La pièce commence par une idée éculée, celles d’une entrée par le public, et tout n’enchaînera que des poncifs sur le théâtre. Non, teinter le texte XVIIIe de mots modernes ne le rend pas actuel. Non, mettre un semblant de fraise sur des vêtements d’aujourd’hui n’apporte ni distance, ni richesse. Toutes les propositions ici loin d’opérer se perdent dans un jeu d’acteurs sur-joué non assumé et dans des propositions de happening, telle cette idée de coulisses en dialogue avec le plateau, faisant jaillir, au besoin, chaises ou bottes au moment où le texte l’impose, semblant tomber là sans aucune légitimité.

Oui, la pièce de Friedrich von Schiller est d’une incroyable modernité, rappelant que le mouvement des Indignés est vieux de plusieurs siècles, et non, Et la nuit sera calme n’atteint pas son but, celui de faire jaillir la jeunesse et le champ des possibles. Loin d’être la voix de l’émancipation, cette version s’inscrit dans une lecture bien trop classique du texte.

Visuel : (c) Franck Beloncle

 

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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