Opéra
Le Secret de Suzanne et la Voix humaine, deux opéras réunis par l’Opéra Comique

Le Secret de Suzanne et la Voix humaine, deux opéras réunis par l’Opéra Comique

28 mars 2013 | PAR Justine Braive

En présentant « le Secret de Suzanne » et « La Voix humaine » en une seule représentation, il semblerait que le mélange des styles n’effraie pas Ludovic Lagarde et Pascal Rophé, et ils ont raison !

 

Le metteur en scène, Ludovic Lagarde avait d’abord envisagé de programmer « La Voix humaine » avec Anna Caterina Antonacci. Puis l’Opéra Comique lui ayant proposé « Le secret de Suzanne » comme complément de programme, il l’a immédiatement envisagé comme la première partie du spectacle, jugeant « le contrepoint intéressant »,

Le metteur en scène réunit ainsi dans un même spectacle « La voix humaine » (1959), monologue lyrique écrit par Jean Cocteau, mis en musique par Francis Poulenc et « Le Secret de Suzanne », un mini opéra à deux personnages d’Ermanno Wolf-Ferrari (créé en 1909), inconnu du grand public, mi vaudeville mi farce autour d’un couple de bourgeois.

Il est pourtant assez audacieux de réunir ces deux opéras. En effet, l’un était conçu comme un « intemezzo », créé pour le divertissement du public tandis que le second est bien plus dramatique.  Par ailleurs, ces deux œuvres n’ont pas du tout été accueillies de la même manière dans la Salle Favart. Le « Secret de Suzanne » passe en effet presque inaperçu lors de sa création parisienne en 1921, certainement parce qu’Ermanno Wolf Ferrari était peu connu à l’époque, particulièrement en France. A l’inverse, quand  la « Voix Humaine », texte célèbre de Jean Cocteau, est jouée place Boieldieu, Poulenc est un habitué des lieux depuis une trentaine d’années.

Dans ces deux opéras, la femme occupe une place centrale. Dans la première partie, elle est coquette,  infidèle, libre et s’affranchit du pouvoir de domination de son mari en le trompant allégrement, cigarette au bec. Son mari, le comte Gil avec lequel elle est mariée depuis un mois, est tourmenté par la jalousie. Son odorat confirme ses soupçons lorsqu’il s’approche des lèvres de sa tendre épouse sentant le tabac froid. « Si l’œil est trompé, le nez ne l’est point »… Dans la deuxième partie, les rôles sont inversés.  Ce n’est plus l’homme qui est tourmenté mais la femme. Pendue à son téléphone durant toute la représentation (il s’agit d’ailleurs de la première « tragédie lyrique » se déroulant entièrement au téléphone), elle nous transmet son désespoir et son envie de mettre fin à ses jours puisque son mari qu’elle aime a décidé de mettre fin à leur idylle.

Le metteur en scène a souhaité que « la femme qui fume soit celle qui téléphone ». Ainsi, c’est la même femme qu’on suit du Secret à La Voix, nous décrivant ainsi « deux époques dans la vie d’un couple et surtout d’une femme ». Le même personnage féminin oscille alors entre un double mouvement de libération puis d’abandon.

L’italienne, Anna Caterina Antonacci,  triomphe dans ces deux rôles qui lui ont été confiés, parvenant à rester digne lorsqu’elle interprète la femme délaissée par son mari, évitant l’écueil de gémissements trop prononcés. Cocteau souhaitait que l’actrice qui interpréterait ce rôle ne « mette aucune ironie de femme blessée, aucune aigreur ».  Anna Caterina se rapproche ainsi du jeu de Denise Duval, comédienne et cantatrice fétiche de Cocteau, pour laquelle il avait composé le monologue.

Les décors des deux opéras se ressemblent, des intérieurs modernes, sobres et froids. Mais dans la première partie, il est fixe tandis que dans la seconde, il tourne sur lui-même, à l’image de cette pauvre femme esseulée qui semble également « tourner en rond ». La jeune épouse passe alors du lit à la chaise, à la baignoire, au salon comme une fuite en avant.

On peut apercevoir, dans des grands écrans plats l’œil d’Anna Caterina Antonacci, inspiré de Man Ray, qui s’anime tout au long de la pièce. Les clignements des paupières et les larmes qui s’en échappent rythment le drame, au gré des caprices du téléphone. Les interruptions successives de l’orchestre servent également à donner la cadence mais peuvent lasser. L’accompagnement musical jongle en effet entre temps et longs silences. Ces derniers permettent au mari d’exister lorsqu’il répond aux supplications de sa femme, lui qui est absent physiquement mais qui est au bout du fil.  Mais ils servent également à traduire l’état psychologie de cette femme perdue qui ne peut contenir son angoisse.

Pari réussi pour l’Opéra Comique de lier le « Secret de Suzanne » et la « Voix humaine » pour n’en faire qu’un spectacle ! Le fâcheux épisode où Anna Caterina Antonacci avait été huée en décembre dernier alors que cette dernière interprétait Carmen, semble désormais loin d’arrière elle. La soprano italienne a pris sa revanche en reprenant le dramatique monologue avec justesse.

Visuel :  © Bohumil Kostohryz.

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Justine Braive

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