Classique
[Live Report] Concert d’ouverture de l’Opéra de Lyon par Anna Caterina Antonacci

[Live Report] Concert d’ouverture de l’Opéra de Lyon par Anna Caterina Antonacci

23 septembre 2015 | PAR Elodie Martinez

Le mardi 24 mars dernier, la mezzo-soprano Anna Caterina Antonacci devait annuler son récital à l’Opéra Comique pour des raisons de santé. Depuis, la cantatrice s’est remise et a offert de nombreux concerts, dont un à Genève le 6 septembre dernier. Un récital de mélodies françaises où Poulenc et Ravel étaient à l’honneur (voir l‘article de ResMusica). A Lyon cependant, point de Ravel mais Berlioz, Debussy et Poulenc pour celle qui n’était pas revenue depuis sa formidable prestation dans I Capuleti e i Montecchi les 8 et 13 novembre 2011. Encore une fois, l’Opéra de Lyon a su offrir un très beau concert d’ouverture de saison!

Le public lyonnais attendait depuis longtemps de revoir Anna Caterina Antonacci fouler à nouveau les planches de l’opéra. En plein weekend des Journées du Patrimoine, l’Institution lyonnaise ouvre donc sa saison avec un récital français, des premières notes aux dernières.

Berlioz ouvre cette après-midi avec La Mort d’Ophélie, ballade op.18 n°2. On y entend une artiste à la diction superbe, sauf dans les notes chantées à pleine voix où les mots sont alors à la fois plus et moins audibles (on les entend davantage, mais on les comprend moins). Malgré cela, comment ne pas frissonner lorsque l’on entent que « la pauvre Ophélie tombe, sa guirlande à la main »? La profondeur de la voix ne manque pas.

Le deuxième regroupement d’oeuvres porte sur Debussy et laisse entendre un pianiste que l’on souhaiterait plus délicat, plus léger, plus doux. On a parfois l’impression que les notes cognent et que, globalement, le piano de Donald Sulzen n’accompagne pas réellement la voix et ne s’adapte pas à elle. C’est d’ailleurs le seul bémol de ce récital. Les trois poèmes s’enchaînent donc (La Flûte de Pan, La Chevelure et Le Tombeau des naïades), suivis d’un « bravo » et des applaudissements du public.

Dernier cycle de cette première partie et excellente transition avec la seconde, La Fraîcheur et le Feu de Poulenc composé de 7 poèmes de Paul Eluard. Le premier, Rayons des yeux, fait entendre une succession de crescendo absolument magnifiques et maîtrisés de la part de la mezzo-soprano italienne, comme si les rayons du titre passaient par sa voix. Les textes qui suivent, tous sublimes, sont très bien servis par l’artiste sur scène.

C’est toutefois dans la deuxième partie qu’Anna Caterina Antonacci s’impose réellement. On ne peut effectivement pas lui reprocher un manque de générosité dans ce programme car c’est l’intégralité de la Voix Humaine de Poulenc qu’elle offre au public, accompagnée seulement par le piano. Les deux artistes se sont d’ailleurs changés durant l’entracte. Une table, une chaise et un téléphone ont été posés sur scène, puis la cantatrice se transforme dans sa posture et son expression faciale pour devenir l’héroïne sous nos yeux avant que les premières notes ne soient jouées. Malgré l’absence de la voix de l’homme, on parvient parfaitement à suivre le dialogue et l’on se retrouve happé dans cette conversation blessante et blessée, grâce au jeu mais aussi à la diction qui ne souffre ici d’aucune imperfection. Ce n’est pas pour rien si Antonacci avait été saluée dans ce rôle en 2013 à l’Opéra Comique (voir notre article). A défaut de l’entendre, nous finissons par voir cet homme dans le téléphone que la cantatrice tient parfois comme un être cher. Cette dernière opte pour un rapprochement du parler plus que du chanter dans de nombreux passages, mais le résultat est une incarnation très personnelle absolument convaincant et touchant, voire déchirant.

Après un programme si riche, le public n’a droit à aucun rappel. Si l’on comprend qu’un tel récital soit fatiguant et difficile, on ne peut s’empêcher de regretter l’absence d’un air ou deux, même courts, après une fin de concert si magistral et prenant. Peut-être même aurait-on préféré entendre ici La Mort d’Ophélie plutôt qu’en début de récital… Avouons-le : nous n’en avons jamais assez lorsque l’on aime!

©Benjamin Ealovega 2012

Splendide « Fabrique des Lumières » à la Cité de la Céramique
[Critique] « Maryland » : Alice Winocour filme Schoenaerts et Kruger dans un huis clos qui manque de souffle
Elodie Martinez
Après une Licence de Lettres Classiques et un Master en Lettres Modernes, Elodie découvre presque par hasard l'univers lyrique et a la chance d'intégrer en tant que figurante la production du Messie à l'Opéra de Lyon en décembre 2012. Elle débute également une thèse (qu'elle compte bien finir) sur Médée dans les arts en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis, en parallèle d'un stage dans l'édition à Paris, elle découvre l'univers de la rédaction web et intègre l'équipe de Toute la culture où elle participe principalement aux pages d'opéra, de musique classique et de théâtre. Elle a aussi chroniqué un petit nombre de livres et poursuit l'aventure une fois rentrée sur Lyon. Malheureusement, son parcours professionnel la force à se restreindre et à abandonner les pages de théâtre. Aujourd'hui, elle est chargée de projets junior pour un site concurrent axé sur l'opéra, mais elle reste attachée à Toute la culture et continue d'être en charge de l'agenda classique ainsi que de contribuer, à moindre échelle, à la rédaction des chroniques d'opéra.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *