Comédie musicale

« Annie », La maîtrise populaire transforme l’Opéra Comique en Broadway

« Annie », La maîtrise populaire transforme l’Opéra Comique en Broadway

26 juin 2017 | PAR Bérénice Clerc

La « compagnie sans père« , avec Sarah Koné pour Meneuse, donne vie à de magnifiques spectacles grâce à sa grande et sa petite troupe. La Grande troupe a pris de nouveaux quartiers à l’Opéra Comique et muta en Maîtrise Populaire.  Les 23 et 24 juin ils donnaient salle Favart « Annie » comme spectacle de fin d’année pour le plus grand plaisir des spectateurs admiratifs. Une comédie musicale de haut niveau digne de Broadway avec des artistes jeunes et talentueux dont la générosité et la valeur n’ont pas attendues le nombre des années.

Depuis 2008 Sarah Koné et sa « Compagnie sans père » labourent l’art à grand coup de fourche humaine avec l’énergie et la passion d’une enfant qui en saurait un peu plus pour guider ses camarades plus jeunes sur le chemin de la voix, du jeu, de la liberté, dansée, écrite et parlée.

Un projet social, une exigence culturelle, un acte d’amour pour les générations présentes, graines germées de notre futur ensemble pour inventer une famille où chaque personnalité aurait sa place.

La Pré-Maîtrise et la Maîtrise Populaire offrent à des jeunes de 8 à 25 ans, non musiciens au départ, une formation complète en chant choral et soliste, théâtre, danse moderne et claquettes.

L’ambition est grande comme l’art et le pari est absolument gagné !

Vendredi 23 juin la salle Favart est pleine, toute neuve, le rideau rouge comme un velours vibrant plein de promesses fait briller les dorures et apparaitre la sensualité enjôleuse des statues.

Deux pianos, une chef, Broadway peut trembler, Annie est à Paris !

Dès les premières minutes de spectacle la salle est happée par la scène, l’énergie et le don des jeunes artistes sont enivrants, salvateurs. Non pas comme un spectacle de fin d’année où parents et famille se réjouissent des attitudes béates, mouvements de danse factice, voix pleines de fausses notes et de bons sentiments, mais comme un vrai spectacle vivant, une comédie musicale comme des professionnels en gestation peuvent donner.

Annie est une jeune fille qui vit à New-York dans un orphelinat où une directrice acariâtre exploite ces enfants sans parents pour les protéger. Annie a une lettre et un bijoux de ses parents, il lui promettent de revenir la chercher, elle a déjà onze ans, ils ne sont jamais revenus mais elle s’accroche à ce peut-être. Elle réussit à fuir, à vivre un peu seule dans la rue avant d’être retrouvée et ramenée par la police à l’orphelinat.

Ce jour-là l’assistante d’un milliardaire vient choisir un orphelin pour passer quinze jours de rêve pendant la période de noël dans son manoir luxueux. Annie est belle, intelligente, vive et attirante, elle est sélectionnée. Elle va offrir tant de bonheur au milliardaire qu’il va vouloir l’adopter, elle refuse par fidélité à ses parents qui assure-t-elle vont revenir. Le milliardaire, ancien orphelin lui fait la promesse de tout mettre en place pour retrouver ses parents. Quiproquos, péripéties et humour vont offrir des aventures chantées et dansées jusqu’au final.

L’histoire est jolie, la distribution finement réussie, Annie est brillante, elle chante, danse, habite l’espace très bien accompagnée par tous ses partenaires aux petits ou grands rôles.

Le décors et les costumes sont de belle facture, les tableaux dansés et chantés, gorgés d’humour se succèdent avec de vibrantes chorégraphies et chants d’un niveau d’exigence et de don de soi rares.

De très belles images apparaissent comme des espaces temps suspendus, offerts aux regards et aux émotions.

La fantaisie, la joie, la vivacité, la naïveté, les profondeurs, la force de la comédie musicale sont des jardins merveilleux pour toute cette jeunesse si belle à voir et entendre.

Chacun sa place, chacun son énergie, chacun ses talents, l’exigence, le travail chevillé au corps, un plus un égal, trois, quatre, cinq, quatre-vingts, seuls ils deviennent des milliers de nous.

L’expérience artistique, intime, collective  se produit devant nous « Annie » pour prétexte.

Sarah Koné est là debout, en mouvement, sage femme donnant naissance avec délicatesse et bienveillance à toute cette marmaille joyeuse pleine de puissance, perfectionnisme et une tendresse pour tous visible même de dos. La musique semble traverser son corps, naître au présent, sortir de ses doigts et donner toute l’énergie nécessaire à cet acte primal qu’est l’art.

Chaque enfant, petit ou grand  transpire le bonheur, la joie d’être sur scène, pas pour faire plaisir à ses parents, pas pour bien faire mais parce que la vie les dépasse, l’art les transcende, le mouvement les libère, la contrainte devient un acte révolutionnaire sans en avoir l’idée.

Le monde se joue sur scène, demain c’est nous, c’est eux, acteurs partout, le cœur battant, le souffle et la voix comme étendards, le corps comme un message aux vivants.

Les spectateurs ravis applaudirent à chaque chanson et couvrir la très grande troupe de bravos multiples pour les saluts. Dans les couloirs, les escaliers, ils ont tous adorés. Après « Annie », la jeunesse était dans la rue, en foule devant l’Opéra Comique, un vent de fraîcheur dans une canicule de spectacles des lieux dit classiques, parfois mourants, ringards, joués et rejoués dans des mises en scène aussi douteuses que désuètes, fit grand bien, on en veut encore.

Sarah Koné peut être fière de son entreprise, sur le chemin de la culture et de l’art elle sème de belles graines, fait fleurir de superbes plantes qui chaque année avec le labeur, la sueur et l’envie vont se bonifier encore et encore pour offrir aux spectateurs du plaisir. L’Opéra Comique peut lui être fier de ce choix, la Maîtrise Populaire fera parler d’elle.

 

 

 

 

 

 

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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