Théâtre
Elise Chatauret et Thomas Pondevie : enquête de pères ?

Elise Chatauret et Thomas Pondevie : enquête de pères ?

19 juillet 2021 | PAR Thomas Cepitelli

Dans PERES, Elise Chatauret et Thomas Pondevie  abordent théâtralement l’image monolithique du Pater Familias. Une forme (trop) riche qui affleure plutôt qu’elle ne déconstruit. 

La démarche que creuse Elise Chatauret depuis son premier spectacle, Babel, consiste en un travail d’enquêtes qu’elle mène dans des territoires précis. Elle organise une série d’entretiens avec des anonymes, des quidams, dont les retranscriptions serviront de matière à jouer, construisant alors ce qu’elle nomme elle-même un théâtre « documenté ». C’est ce qu’elle a fait ici, avec Thomas Pondevie (ils cosignent l’écriture, la dramaturgie et la mise en scène) sur le sujet de la paternité. PERES est donc une enquête sur ce qui fait famille aujourd’hui, sur la place du père, des pères qu’ils soient absents, présents, fantasmés, violents ou doux, papas poules ou pères fouettards. Au-delà des témoignages réunis, le duo a aussi nourri sa réflexion d’entretiens avec des spécialistes comme Martine Gross (à qui l’on doit des travaux sociologiques passionnants sur les familles homoparentales). Cette enquête prend la forme d’un tableau blanc où les deux acteurs Laurent Barbot et Iannis Haillet viendront déposer des figurines représentant les pères dont il est question dans les témoignes, mais aussi, des détails de tableaux ou bien encore des dates et des notions : patriarcat, patriarche….

Le dispositif scénique est, pour le moins, ingénieux. En effet, un simple bureau se fait par un jeu de planches à retourner, de tiroirs à remonter : plan de travail pour la cuisine, table de repas… On comprend bien vite que tout est question de transformation, d’usages. Tout comme ce grand panneau blanc qui fait référence à ceux que les enquêteurs de police (en tout cas dans les séries policières) ont sous les yeux pour voir les liens, établir des connexions et designer le coupable. Celui-ci se fait, et l’on en est surpris, pièce à charge plutôt que surface d’exploration. 

Pour la première fois depuis que l’on suit son travail, Elise Chatauret, nous convainc moins. À multiplier les sujets que draine celui de la paternité (la répartition des tâches ménagères, l’éducation, les violences faites aux enfants, la GPA) et ce dans un format si court (un peu moins d’une heure) que le spectacle ne fait que les affleurer et c’est frustrant. Un exemple : vers la fin du spectacle un des comédiens montre la photo d’un père trans enceint. L’image est sublime, douce mais aussi, rarissime et donc subversive. Or, il n’en est rien dit. Elle est simplement posée sur le tableau blanc dont nous parlions plus haut. C’est dommage, car c’est dans cet inédit à montrer que pouvait se jouer un autre regard, puissant sur les nouvelles paternités. On a du mal à ternir un jeu de mot tout lacanien en se disant que comme spectateur l’on « perd » nos Re »pères ».

Cependant, l’on sait que cette forme sera donnée, souvent, dans et devant des classes (et parfois dans des classes de lycées professionnels à grande majorité masculine). C’est une excellente nouvelle tant elle est matière intelligente, émouvante et drôle à bien des questionnements et des réactions. Et l’on est curieux de savoir quelles seront les retours de ces « hommes du futur » pour répondre la formule de Casey citée dans le spectacle. 

Jusqu’au 25 juillet, tous les jours  à 17 h 45 à la Manufacture puis en tournée.

Crédit photo © Christophe Raynaud de Lage 

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Thomas Cepitelli

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