Théâtre
El Rumor del incendio : un docu-fiction théâtral mexicain

El Rumor del incendio : un docu-fiction théâtral mexicain

06 octobre 2011 | PAR Christophe Candoni

Jusqu’au 8 octobre, le Festival d’Automne accueille à la Maison des arts de Créteil « El Rumor del incendio », première des deux créations proposées en région parisienne par la compagnie mexicaine Lagartijas tiradas al sol ce mois-ci (« Asalto al agua transparente » se donne les 11 et 12 octobre à Cergy-Pontoise). Ce spectacle inaugure le cycle « Focus Amérique latine » de la MAC où se produiront bientôt Claudio Tolcachir et Marcial di Fonzo Bo entre autres, nous en reparlerons.

Luisa Pardo et Gabino Rodriguez sont auteurs, metteurs en scène et acteurs. Ils se sont rencontrés alors qu’ils étaient encore en formation au Centre Universitaire de théâtre au Mexique et ont défini leur identité artistique à travers des travaux engagés et indépendants, en réaction à l’enseignement conventionnel qu’ils y ont reçu.

« El Rumor del incendio » découvert lors de sa première représentation en France, ce mardi 4 octobre à la MAC, démontre bien la volonté de ces artistes de produire un discours politique et humain en phase avec le réel. C’est pourquoi, ils s’emparent de l’histoire récente du Mexique : les mouvements révolutionnaires dans les années 60 – 80 contre le pouvoir oppressif qui était en place, singé par les acteurs avec des masques de mardi gras. Ces évènements, ils ne les ont pas connus car ils n’étaient pas nés, mais ils en sont les héritiers et se reconnaissent dans l’aspiration au changement, le goût enivrant de la liberté, et l’espoir que porte avec force la jeunesse utopique de l’époque.

Pour qui n’est pas au fait de ce pan de l’histoire méconnu, la pièce peut être difficile à suivre. Le spectacle relate très précisément ces évènements tout en évitant heureusement de prendre la forme d’un cours magistral. Il tend à brouiller les pistes entre la fiction et la réalité et présente l’histoire à travers la figure féminine de Marguarita. Le jeu théâtral s’instaure dans ce mélange de documents historiques, d’archives, et d’éléments fictionnels qui illustrent le récit en posant toujours la question de leur authenticité.

Le dispositif utilisé est original et intéressant, à la fois artisanal et sophistiqué. On dirait le décor conçu avec les moyens du bord mais il est soutenu par la vidéo. Les comédiens réalisent à vue des petits films à la manière d’un reportage au moyen d’une caméra portative.

Avec le comédien Francisco Barreiro, Luisa Pardo et Gabino Rodriguez signent une proposition pertinente et inventive aussi bien sur la forme que sur le fond ainsi qu’une prestation d’acteurs remarquable et brutale. Aujourd’hui encore, des artistes se reconnaissent dans cette génération condamnée pour avoir rêvé une autre existence. Hier éclaire l’avenir.

photo, Carlos Somonte

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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