Théâtre
Edouard Louis : son père, sa bataille au Théâtre des Abbesses

Edouard Louis : son père, sa bataille au Théâtre des Abbesses

11 septembre 2020 | PAR Anne Verdaguer

Après « Histoire de la violence » présenté l’an dernier au Théâtre de la Ville, Thomas Ostermeier et Edouard Louis poursuivent leur collaboration avec l’adaptation de « Qui a tué mon père?« , monologue d’auto-fiction incarné par l’écrivain, qui signe le portrait d’un jeune homme tiraillé entre la tendresse et la colère pour un père brisé.

 

Cela commence par des petites anecdotes. Il raconte d’abord ses souvenirs d’enfant : ce jour où son père a détourné le regard lors d’un spectacle que son fils jouait devant la famille. « Regarde Papa! » … « Regarde Papa! »… Rien. Le silence. C’est comme ça que ça commence, par petites touches. Est-ce que son père aurait honte, car il a choisi ce jour là d’être une fille? Honte de ce fils qui n’est pas dans la norme. Qui lui réclame le film Titanic pour son anniversaire. Qui pleure alors que ça ne se fait pas. Ce père, obsédé par la masculinité, qui ne veut pas se soumettre à l’ordre… aux ordres. Et qui s’enferme dans son propre schéma. Qui s’est privé d’un destin social au point d’en avoir le dos brisé. Ce père qu’il aime malgré tout. 

Le récit, parfois glaçant de cette enfance, est marquée par la crainte et l’admiration d’un fils pour un père chez qui il tente de trouver une part d’humanité. Cette photo qu’il a trouvé de son père déguisé en majorette lors d’une fête de village, n’est ce pas un signe qu’il n’est pas si monstrueux que cela ? Qu’il sait lui aussi jouer des convenances.

Trouver une faille à tout prix, un point commun, pour se dire qu’il ne vient pas de nulle part. Que ce père l’a aimé lui aussi.

Dans « Qui a tué mon père? », Edouard Louis parle de sa souffrance de jeune homosexuel, élevé dans une famille ouvrière à la campagne, dont il s’extirpa pour être ce que l’on pourrait appelé un vrai « transfuge de classe » sans pour autant renier ses origines. Eternelle quête identitaire, démarré avec le roman « En finir avec Eddy Bellegueule », cette adaptation au théâtre de son dernier opus, est d’autant plus captivante et forte que c’est lui même qui incarne son propre rôle. Son visage d’ange et sa dégaine d’adolescent frêle font de lui un personnage qui semble sans cesse être sur le fil et se mettre en danger, en se déchainant sur des tubes de midinettes en mini-jupe. 

Mais « Qui a tué mon père? » est bien plus que le compte rendu d’une enfance malheureuse. La pièce, tout comme le livre, interroge sur les forces en place dans la société qui détruisent à petit feu les hommes qui n’y ont pas leur place. Le père d’Edouard Louis est l’un d’eux. Son fils, en dénonçant les politiques sociales menées ces dernières années et le prix bien trop cher payé par cette France « d’en bas », donne le plus vibrant hommage à son père et lui offre sa plus belle revanche. 

« Qui a tué mon père? » mise en scène Thomas Ostermeier avecEdouard Louis au Théâtre de la Ville, du 9 au 26 Septembre 2020

 

 

Crédit photo © Jean-Louis Fernandez

 

 

Un Ibsen à toute vapeur au Théâtre de Belleville.
Manifesta 13 : Vent de création sur Marseille
Anne Verdaguer

One thought on “Edouard Louis : son père, sa bataille au Théâtre des Abbesses”

Commentaire(s)

  • smith

    Bonjour
    Auriez-vous des places gratuites pour le spectacle d’edouard LOUIS dont on dit le plus grand bien?merci

    septembre 16, 2020 at 8 h 19 min

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *