Théâtre
Des monologues réjouissants à l’Etoile du Nord

Des monologues réjouissants à l’Etoile du Nord

13 juillet 2011 | PAR Avela Guilloux

Dans le cadre du festival « On n’arrête pas le théâtre », l’Etoile du Nord propose 3 monologues de  Feydeau, à 19h30, mis en scène par Laurent Brethome et Eram Sobhani.

Les monologues de Feydeau sont toujours de petits bijoux d’esprit et d’humour, parfois ( et même souvent) noir. Ici, ils sont remarquablement mis en scène et interprétés, et font entendre toute la saveur de cet auteur que l’on connaît plus pour ses pièces de vaudeville.

On est accueillis par un personnage étrange, une sorte d’homme-orchestre vissé sur un fauteuil de bureau aux allures inquiétantes et presque chirurgicales, à la fois porte-manteau, porte-documents, équipé d’un téléphone et d’un magnétophone…Un décor  » tout-en-un », comme sorti d’un roman de politique-fiction,qui nous plonge immédiatement dans une ambiance kafkaïenne.  Geoffroy Pouchot nous offre en spectacle un double point de vue sur la peine de mort : il y a celui qui instruit et celui qui subit. On aime particulièrement son interprétation du premier, d’une très belle précision. Cet homme ivre de pouvoir depuis qu’il a été désigné juré, il le joue avec une belle énergie, des ruptures hilarantes et une folie qui ne peut laisser indifférent. Il est drôle, inquiétant, follement réjouissant. Le deuxième monologue, exposant le point de vue du condamné, semble un peu plus sage…même s’il est vrai que le côté  » tête à claques » amené à cette victime d’une erreur judiciaire par les choix de mise en scène collent très bien au texte de Feydeau. L’effet miroir entre les deux monologues fonctionne à merveille.

Que dire du troisième texte sans gâcher la surprise aux futurs spectateurs ?  » Par amour des monologues » est interprété par Eram Sobhani…Si vous ne connaissez pas le travail de ovni du théâtre contemporain , à qui l’on doit la magnifique mise en scène de  » Roi de la Tour du Grand Horloge » ( lire notre article), dans la précédente édition du festival, ce court moment de théâtre est le meilleur moyen de le découvrir. Eram Sobhani ne fait pas partie de ces acteurs qui se contentent de dire un texte de manière naturelle, dans le but unique d’en faire comprendre le sens. Il le décortique, le dissèque pour en extirper toute la folie…et quand on lui donne à jouer un monsieur qui n’aime pas les monologues et qui vient d’en subir deux, au lieu de se borner à une interprétation pleine d’esprit, il nous donne à voir cette folie tapie dans les phrases de Feydeau, nous l’expose de telle manière qu’il ne nous reste plus qu’à en rire, pour oublier ce qu’elle a de terrifiant. A voir absolument.

Feydeau ne se résume pas qu’à ses grandes pièces, son oeuvre est constellée de petits bijoux subversifs et intrigants, parmi lesquels figurent ces trois textes. A découvrir !

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Avela Guilloux

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