Musique

Les jouelistes de l’été (3) : le néo-psychédélisme

14 juillet 2011 | PAR Mikaël Faujour

Nous poursuivons notre série estivale de sélections musicales, cette fois sur le néopsychédélisme. La notion de « psychédélisme » étant quelque peu flottante, les choix peuvent être contestables (« pourquoi untel, qui n’est pas psyché, tandis qu’untel… », etc.), car recouvrant une grande pluralité de genres et d’influences ; et nous ne prétendrons pas à l’exhaustivité. La sélection portera principalement sur des artistes des années 2000 à aujourd’hui.

White Hills : « Visions of the Past, Present and Future » (2008)

Découverts par hasard et par bonheur à la Maroquinerie en première partie de Mono (cf. live report), ces héritiers nouillorcais du space rock de Hawkwind sont des cracks en matière de rock lysergique, puissant autant qu’envoûtant, physique autant que psychique. Un groupe à écouter encore et encore – et, à plus forte raison, à voir en concert.


Florence & the Machine : « Howl » (2009)

Dans un registre nettement moins costaud, plus pop et plus délié, Florence & the Machine a livré quelques morceaux à tendance psychédélique. « Howl » était d’ailleurs l’une des meilleures chansons de son premier effort Lungs, délicieusement arrangée et dramatique dans son ton.

Black Mountain : « Bright Lights » (2008)

« C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes », dit le proverbe et s’il est un groupe qui pourrait s’en faire un slogan, c’est bien Black Mountain. Ces brillants poulains de Jagjaguwar, avec leur macédoine exquise de tout le meilleur du rock (heavy ou psychédélique) du tournant des décennies 1960 et 1970, livrait en 2008 un album de haut vol, In the Future. Avec « Bright Lights », il offrait un morceau psychédélique progressif, aux percussions entêtantes, aux riffs puissants et lancinants, aux ambiances changeantes, et aux drones synthétiques étourdissant. Brillantissime.

Yeasayer : « 2080 » (2007)

Nous vous avons déjà vanté maintes fois ce superbe groupe de Brooklyn et sa pop enchanteresse, à la fois mélodique et dansante, expérimentale et immédiate. En deux albums – le premier, All Hour Cymbal, reste le meilleur – le groupe a signé une flopée de chansons pop à peu près parfaites, sans répéter en décalque une formule qui marche. « 2080 » est l’un des meilleurs, mais on aurait fait tout autant justice au groupe en choisissant des perles telles que « Ambling Alp », « ONE » ou « Sunrise ».

Black Angels : « Young Men Dead » (2006)

En 2006, le groupe texan éclatait avec un album captivant, Passover, dont ceci est le titre d’ouverture. Du psychédélique dans ce qu’il peut avoir de plus obsédant, chant déclamatoire en apesanteur dans ses échos, guitare baignée dans la fuzz répétant des motifs mélodiques jusqu’au vertige, rythmique implacable.

Sharitah Manush : « Shining Star » (2011)

Face B d’un 45-tours qui a été l’un de nos grands coups de coeur de cette année (lire ici la chronique), ce morceau des Bordelais de Sharitah Manush rappelle les meilleures heures du rock psychédélique 60’s/70’s. Résolument rétro et brillamment composé et produit, ce petit bijou de pop laisse l’auditeur avec de hautes espérances pour la suite. Un nouvel EP est en écoute sur le MySpace du groupe, dont on peut dire qu’il ne fait qu’aviver l’attente impatiente du premier album.

The Warlocks : « Moving Mountains » (2007)

Après avoir explosé au début des années 2000, notamment avec l’extraordinaire Phoenix LP (2002) et ses impeccables tubes « Shake the Dope Out » et « Hurricane Heart Attack », ce groupe a subi une suite de circonstances défavorables qui ne lui a pas permis d’atteindre les hauteurs du succès auquel il semblait destiné. Emmenés par Bobby Hecksher, issu du séminal Brian Jonestown Massacre, les Californiens ont toutefois maintenu le cap d’une musique hautement convaincante, s’assurant une base de fidèles et des critiques souvent positives, en explorant un psychédélisme trouble jusqu’à la noirceur. Long comme ces cauchemars où l’on descend un escalier sans fin dans l’obscurité, « Moving Mountains » n’est certainement pas le plus représentatif des morceaux du groupe ; il est en tout cas l’un des plus captivants, insanes, par son psychédélisme noir en façon de gothique noisy.


Citay : « Careful With That Hat » (2010)

Troisième album de ce groupe de San Francisco, Dream Get Together, paru l’an dernier, offrait une ribambelle de chansons psychédéliques de premier plan, piochant des idées un peu partout dans le meilleur du rock planant des années 60-70. Ici, avec un titre en façon de clin d’oeil appuyé au Floyd (« Careful With That Axe, Eugene »), Citay emprunte sa rythmique motorik à Neu! et envoie des riffs dans la pure tradition de l’acid rock des plus lumineuses heures de Haight Ashbury. Un groupe à découvrir.


Master Musicians of Bukkake :

Avec un nom pareil, on s’attendrait volontiers à du pornogrind. Que nenny ! Evoluant dans un registre plus expérimental que les autres groupe de cette liste, ce supergroupe venu de l’Etat de Washington (nord-ouest des Etats-Unis) est l’une des grandes sensations du monde du rock de ces dernières années. Carrément orgasmique sur scène (lire live report), Master Musicians of Bukkake réussit une alliance de rock psychédélique, de rythmiques krautrock, de drone, d’instruments extrême-orientaux, de mélodies arabisantes et de musique de transe. C’est peu dire qu’il s’agit là d’un des plus excitants bestiaux de la planète psychédélique de ces temps.


MGMT : « Time to Pretend » (2007)

Les deux petits gars de Brooklyn sortaient en 2007 Oracular Spectacular, l’un des plus marquants albums pop de la décennie 2000, avec un alignement de bijoux étourdissants, jamais semblables, et qui rencontra un immense succès dans le monde. « Time to Pretend » a été l’un des titres majeurs assurant la réputation du groupe. Trois ans plus tard, MGMT démontre qu’il n’est pas décidé à concocter les mêmes recettes pop et s’aventurait sur un Congratulations à la pochette hideuse tête la première dans un rock expérimental complètement dingue, dont on ne s’est pas encore remis.


Animal Collective : « My Girls » (2009)

Groupe phare de la scène de Brooklyn (tout comme les susmentionnés MGMT, Yeasayer, également issu du même profus vivier qui ressemblait ces dernières années, au regard de ses productions démentes, à San Francisco ou Londres à la fin des années 60), Animal Collective a été l’un des groupes les plus originaux en matière de pop psychédélique dans les années 2000, contribuant à son renouvellement avec un style unique et hautement influent. « My Girls » est l’un de leurs morceaux les plus connus.

Des monologues réjouissants à l’Etoile du Nord
Las noches de Buenos Aires du 16 au 18 septembre au 104
Mikaël Faujour

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