Théâtre

Dans la cuisine d’Elvis mijote le burlesque

20 août 2010 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Régis Mardon est journaliste de son état, sa dernière mise en scène,  » La Musica deuxième de Marguerite Duras », a été élue coup de coeur en Avignon en 2009 avant d’être jouée à Paris à l’Essaïon. Il met en scène au théâtre le Lucernaire jusqu’au 25 septembre  un texte de Lee Hall , scénariste du poignant « Billy Elliot». La Cuisine d’Elvis raconte un huit clos familial glissant dans le pathétique et le trash. Le choix de faire du texte une comédie amuse autant qu’il dérange.

Dans la belle mise en scène de Régis Mardon, tout se passe autour de deux plaques à induction. Une jeune fille, très mince, est vue par sa mère, anorexique et alcoolique, comme grosse et boulimique. Ambiance. Il faut dire que le père, sosie d’Elvis de profession, végète, en tenue s’il vous plait , dans un fauteuil roulant. La mère, 38 piges seulement prend pour amant le beau Stuart qui s’amourache également de la fille sous le regard mort du père qui, brillante idée, évolue tout au long de la pièce, remontant son col, prenant peu à peu la parole, racontant des anecdotes incroyables sur le King, en musique et avec boule à facette bien sur !

On se marre beaucoup dans cette cuisine, l’humour et le cynisme british du texte de Lee Hall servent chez Regis Mardon des situations vaudevillesques. Il tourne tout à la dérision: l’alcool, la dépression, l’inculture. Ce choix d’utiliser systématiquement l’humour noir, si il est plaisant, enlève à la pièce quasiment tout caractère trash, ne permettant pas d’affronter la dure réalité des tensions familiales au cœur d’une classe sociale moyenne. Heureusement, il ose glisser dans le genre avec l’intéressante scène de masturbation, sans aucun doute la plus fine et la plus dense de la pièce. Là, le dégout, le malaise et la force arrivent enfin.

Les quatre bons comédiens offrent un jeu plaisant, dynamique, agréable et drôle, légèrement cynique. La mise en scène centrée sur la fin de l’adolescence de la jeune fille est tout à fait juste. On passe un très agréable moment dans cette cuisine, mais l’on finit la pièce, pensée comme un repas, sur un petit creux, on aurait bien pris en dessert un peu plus de violence et un peu moins d’humour.

Avec Anne Puisais, Benoît Thévenoz, Laurence Porteil et Eric Desré,jusqu’au 25 septembre 2010 ,Théâtre du Lucernaire,53 rue Notre-Dame des Champs,75006 Paris,www.lucernaire.fr , Mardi, Mercredi, Jeudi, Vendredi, Samedi à 18H30. TARIFS : 25 € tarif plein ou 17,5 € tarif adhérent, 01 45 44 57 34.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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