Théâtre
[Critique] Les Occasionneurs donnent un avant-goût de leur « Songe d’une Nuit d’Eté » à Strasbourg

[Critique] Les Occasionneurs donnent un avant-goût de leur « Songe d’une Nuit d’Eté » à Strasbourg

28 mars 2015 | PAR Matthias Turcaud

La compagnie des Occasionneurs, créée en 2009 par Eddy Azzem, un héritier du Théâtre du Soleil, propose cette semaine au Collège de l’Esplanade une ébauche de son travail autour du Songe d’une Nuit d’Ete de Shakespeare. C’est inabouti et non sans imperfections, mais aussi très réjouissant.

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Croire qu’on peut faire naître tout un univers à partir de presque rien, c’est l’idée fondamentale qui préside aux spectacles des Occasionneurs, et ce depuis la création de la compagnie en 2009. C’étaient plusieurs générations dans un manoir pour Dans mes silences, c’était l’Inde pour Alice au pays des Merveilles, New York en 1942 pour Noir, et à présent le classique de Shakespeare.

Là est la force de ce théâtre, et là ce qui le rend probablement si émouvant : sa foi inaltérable dans le pouvoir de l’imaginaire, dans le pouvoir d’un projecteur, d’un tableau, d’un masque pour larguer les amarres vers une autre galaxie. Ici, dans un décor épuré qui peut rappeler l’esthétique d’un Peter Brook – mais Eddy Azzem se réclame surtout d’Ariane Mnouchkine et de son théâtre du Soleil -, cinq comédiens – un jeune homme, Gilles Kammerer et quatre jeune femmes, parmi lesquelles on retient notamment l’espiègle et bondissante Salomé Janus ainsi que Marine Lamoulie, très drôle en Titania irritée –  donnent vie à toute l’étourdissante galerie de personnages proposée par la pièce de Shakespeare.

On déplore certes l’absence du « théâtre dans le théâtre » avec les artisans d’Athènes, mais pour le reste on apprécie fort cette version à la fois minimaliste, très inventive, très rythmée et alerte aussi du Songe. S’ils piochent diversement – théâtre gestuel, théâtre Nô, commedia dell’Arte, Peter Brook, théâtre du Soleil pour la dimension collective -, les Occasionneurs poursuivent avec cohérence leur chemin propre, ce Songe s’inscrivant dans une belle continuité dans le sillage de leurs spectacles antérieurs – l’aspect artisanal de Dans mes silences, l’Inde d’Alice et sa chorégraphie finale, le muet de Noir pour certaines parties silencieuses ou essentiellement gestuelles … Ce n’était là en plus qu’une ébauche, on attend de pied ferme la création si l’on puit dire « définitive », attendue encore pour cette année.

Le Songe d’une Nuit d’été, au Collège de l’Esplanade, 20 rue de Londres – Strasbourg (67000), du 24 au 29 mars à 20h. Une proposition et une mise en scène d’Eddy Azzem. Avec Louise Deichtmann, Carla Gondrexon, Salomé Janus, Gilles Kammerer, Marine Lamoulie.

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Matthias Turcaud
Titulaire d'une licence en cinéma, d'une autre en lettres modernes ainsi que d'un Master I en littérature allemande, Matthias, bilingue franco-allemand, est actuellement en Master de Littérature française à Strasbourg. Egalement comédien, traducteur ou encore animateur fougueux de blind tests, il court plusieurs lièvres à la fois. Sur Toute La Culture, il écrit, depuis janvier 2015, principalement en cinéma, théâtre, ponctuellement sur des restaurants, etc. Contact : [email protected]

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