Théâtre
[Critique] « Des gens bien » : Rien de bien nouveau à l’Ouest

[Critique] « Des gens bien » : Rien de bien nouveau à l’Ouest

20 mars 2015 | PAR Matthias Turcaud

La présence de Miou Miou et d’Aïssa Maïga en têtes d’affiche ainsi qu’une presse dithyrambique sauront remplir la grande jauge (plus de 600 places) du Théâtre Hébertot … pour une pièce qui n’en vaut malheureusement pas le déplacement.

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Margie, mère célibataire d’une adulte handicapée, originaire des quartiers pauvres, cherche un emploi et, sur le conseil de ses amies, va voir Mike, un homme avec lequel elle a eu une petite histoire il y a longtemps, et qui est maintenant devenu un médecin vivant fort douillettement. Encensé par de nombreux critiques, Des gens bien ne nous a pourtant pas beaucoup convaincus.

Les situations, subversives sur le papier, nous parviennent comme lissées, retenues, tenues en laisse. Le texte est assez banal, et peut-être la traduction ne fait que décupler cette banalité. En somme, il y a des riches, des pauvres, certains pauvres qui deviennent riches, et les autres pauvres qui nourrissent un ressentiment têtu contre ceux qui auront réussi : a priori aucun scoop.

Lorsque Margie s’invite chez son ex devenu médecin aisé et sa femme en leur faisant d’abord croire à un mensonge, la promesse de climax tombe malheureusement à l’eau. Un malaise aurait pu attraper le spectateur, eh bien non, rien de la sorte, simplement une situation qui s’étire, sans propos, sans force, sans mordant. La pièce de Lindsay-Abaire, peut-être encore une fois à cause – en plus ou moins grande partie – de sa traduction, s’avère très creuse. Elle ne nous apprend rien, se montre simpliste, caricaturale, schématique, timidement nausabéonde quant à la médiocrité des petites-gens qui la peuplent (si encore elle avait été vraiment toxique, ça aurait pu déjà être plus intéressant). Ce n’est pas une pièce couillue ou audacieuse, plutôt vaguement plaintive.

On sauve les comédiens, dont notamment Patrick Catalifo dans le rôle, complexe, du médecin, ainsi que le décor maculé de tags conçu par Nicolas Sire. C’est dommage, un tel texte ne valait pourtant pas une telle attention.

Crédit photos : droits réservés.

Des gens bien, de David Lindsay-Abaire, adapté par Gérald Aubert, mis en scène par Anne Bourgeois, avec Miou-Miou et Aïssa Maïga. Au Théâtre Hébertot, 78 bis boulevard des Batignolles.

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Matthias Turcaud
Titulaire d'une licence en cinéma, d'une autre en lettres modernes ainsi que d'un Master I en littérature allemande, Matthias, bilingue franco-allemand, est actuellement en Master de Littérature française à Strasbourg. Egalement comédien, traducteur ou encore animateur fougueux de blind tests, il court plusieurs lièvres à la fois. Sur Toute La Culture, il écrit, depuis janvier 2015, principalement en cinéma, théâtre, ponctuellement sur des restaurants, etc. Contact : [email protected]

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