Théâtre
Corbeaux ! Nos fusils sont chargés ou quand les mamies nihilistes font de la résistance

Corbeaux ! Nos fusils sont chargés ou quand les mamies nihilistes font de la résistance

14 juin 2013 | PAR Sandra Bernard

corbeaux nos fusils sont chargés

Après Journal d’une machine, la Maison de la Culture du Japon à Paris poursuit sa programmation théâtrale audacieuse avec Corbeaux ! Nos fusils sont chargés. Une pièce sur le malaise intergénérationnel Nippon.

Lors d’un gala, deux jeunes hommes sont la cause d’un drame. Volontaire ou non, cette action les conduit devant le tribunal. Cependant, là n’est pas la question et dès le début du procès une horde de femmes âgées s’interpose et occupe les lieux. La situation ubuesque devient dramatique quand les intruses tuent les gardes et prennent le tribunal en otage. Les hommes de loi tentent de les raisonner par de grands discours, mais rien n’y fait, la vindicte populaire gronde et la tragédie est en marche, implacable.

Si au début de la pièce l’on songe à l’assemblée des femmes d’Aristophane où ces êtres simples (sic) cherchent à changer le fonctionnement de la cité, cette impression est vite dépassée. Les grands- mères n’ont aucun idéal, aucun bon sens. Elle ne sont pas là pour changer le système judiciaire, ni pour porter des revendications. Si leurs petits- enfants, suivant la voie du « no futur », avaient des accents punks, les grands- mères sont totalement nihilistes, rejetant la société et l’image qu’elles en ont. Véritables boules de haine et de rancœur semblant incarner des générations de femmes brimées, de sauveuses elles deviennent bourreaux avant de devenir ogresses, détruisant ce qu’elles avaient de plus précieux.

Corbeaux! Nos fusils sont chargés est une oeuvre dure, marquée par son époque de création,le début des années 1970, marquée par de forts troubles sociaux et d’attentats. Faits occultés, ces actes ont fortement perturbé une société très conventionnelle. Ici, les vieilles femmes censées être les garantes des traditions se transforment en êtres asociaux en se libérant de leurs frustrations et des conventions. La pièce pointe du doigt à la fois les travers de la justice où copinage et cooptation sont de rigueur, le conformisme traditionnel, mais également la pression familiale lorsqu’elles refusent les choix de leurs petits enfants.

Sur la scène, dans ce tribunal dérisoire, tout n’est qu’explosions et fureurs. Ce huis clos en temps réel est une véritable performance d’acteurs, d’autant que la majorité des comédiens est sexagénaire.

Kunio Shimizu et Yukio Ninagawa nous livrent un pièce choc d’une étrange actualité. Le spectateur n’est en rien juge ou juré, mais nul doute que cette oeuvre ne s’oubliera pas de sitôt.

Visuel : © Mori Koda

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Sandra Bernard
A étudié à l'Université Paris Ouest Nanterre la Défense l'Histoire et l'Histoire de l'Art. Après deux licences dans ces deux disciplines et un master recherche d'histoire médiévale spécialité histoire de l'Art dont le sujet s'intitulait "La représentation du costume dans la peinture française ayant pour sujet le haut Moyen Âge" Sandra a intégré un master professionnel d'histoire de l'Art : Médiation culturelle, Patrimoine et Numérique et terminé un mémoire sur "Les politiques culturelles communales actuelles en Île-de-France pour la mise en valeur du patrimoine bâti historique : le cas des communes de Sucy-en-Brie et de Saint-Denis". Ses centres d'intérêts sont multiples : culture asiatique (sous presque toutes ses formes), Histoire, Histoire de l'Art, l'art en général, les nouveaux médias, l'art des jardins et aussi la mode et la beauté. Contact : sandra[at]toutelaculture.com

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