Théâtre

Contes et légendes, le blade runner social de Joël Pommerat

Contes et légendes, le blade runner social de Joël Pommerat

05 février 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Qu’est ce qu’une loi ? demandait Pommerat en 2015. Aujourd’hui, toujours aux Amandiers, il se demande, qu’est ce qu’un homme ? Contes et Légendes questionne les rapports humains toujours en noir et blanc.

Ici, le maître revient à ses fondations. Comme dans Au Monde, Les Marchands, Cercles/Fictions… il nous plonge dans des coupures sombres et avec l’aide de la lumière plastique du fidèle Éric Soyer, il sculpte un décor fait de temps en temps de quelques canapés sur lesquels vont venir s’asseoir un certains nombre de gens, en apparence des garçons et des filles. En apparence.

Mais quel âge ont, aux côtés des adultes Jean-Edouard Bodziak et Elsa Bouchain, Prescillia Amany Kouamé, Lena Dia, Angélique Flaugère, Lucie Grunstein, Lucie Guien, Marion Levesque, Angeline Pelandakis et Mélanie Prezelin ? 15 ans ? Moins ? Mystère ? 

Ce qui est sûr c’est que l’adolescence au XXIe siècle est une autre histoire de la violence. « Rien n’est vrai, tout est faux ». Le mot « jungle » est lâché à un moment dans cette pièce faite de flashs, ou une scène en efface une autre selon le procédé rituel de Joël Pommerat (à l’exception de Cendrillon et de Ça ira qui n’utilisaient pas les effets de disparitions en guise de transitions). 

« Autonome pas anarchique »

Le monde dans lequel Pommerat nous installe va comme d’habitude mal. Le chaperon rouge est toujours bouffé par le loup dans son théâtre où la misère sociale pousse au pire. En l’occurrence ici, il semble préférable d’avoir de fausses relations avec des robots plutôt que pas de relation du tout. Mais attention, des robots qui ressemblent pas mal à des humains. A quelques détails près. Leurs mémoires sont illimitées et leur sexe peut changer en une seconde. Mieux que des hommes en quelque sorte. Confronter la construction d’un adulte en devenir avec un processeur est à la fois décalé, souvent drôle et bien évidemment, très juste. 

Il est question ici de construction de soi face à un modèle d’apparence parfaite, un avatar. Dans cette pièce au dispositif huilé, le kitsch s’invite, comme toujours. Une des raisons qui nous fait tant aimer Pommerat c’est sa passion pour les chansons à chanter par cœur, les mélancoliques, les amoureuses, les désespérées… On se souvient du « Coup de soleil » dans Je tremble en 2007 aux Bouffes du Nord… et personne n’oubliera jamais la dernière scène de Contes et Légendes, aussi glamour qu’acide. Avec ce talent qui fait que l’on sait que c’est la fin alors que le spectacle n’est rythmé que d’une succession de noirs.

Un grand Pommerat donc, qui ne cède à aucun de ses combats dans un théâtre actuellement en péril. Alors que les travaux pour la rénovation des Amandiers démarrent cet été, aucune solution de lieu temporaire n’a été proposée. Une pétition circule en ce moment en ligne et dans le hall.

Visuel : Cie Louis et Brouillard Scène Nationale de la Rochelle  » Contes et Légendes  » Création de Joël Pommerat Avec Prescillia Amany Kouamé, Jean-Edouard Bodziak, Elsa Bouchain, Lena Dia, Angélique Flaugère, Lucie Grunstein, Lucie Guien, Marion Levesque, Angeline Pelandakis, Mélanie Prezelin ©Elizabeth Carecchio

 

Infos pratiques

Odéon Théâtre de l’Europe
Les Gémeaux
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