Théâtre
Il était une fois le Petit Chaperon Rouge de Joël Pommerat

Il était une fois le Petit Chaperon Rouge de Joël Pommerat

03 mai 2017 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Il était une fois l’histoire d’une petite fille qui allait voir sa grand-mère dans les bois. Vous connaissez ? Evidemment. Mais le metteur en scène Joël Pommerat roi des contes sociaux à la lumière cinématographique n’allait pas en rester là.

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Joël Pommerat s’amuse depuis quelques années à réorchestrer les contes populaires. Cendrillon, Pinocchio et donc, Le Petit Chaperon Rouge. Depuis que l’on a découvert il y a dix ans ses mises en scène glacées avec Au Monde et Les marchandsson nom est devenu un incontournable du théâtre contemporain. Il a installé l’idée quasiment télévisuelle de la voix off sur les scène et d’une lumière (toujours signée par Eric Soyer) constituante d’un décor.

Alors évidemment il y a plein de lectures possibles de ce conte mille fois lu. Le social n’est jamais évoqué. Car finalement, qui est la mère de la petite fille ? Avec qui vit-elle ? Pourquoi une vieille dame est seule abandonnée au fond du bois ? Le génie ici est de revenir dans le cercle familial démonté de la petite fille avant son départ pour la maison de sa mamie. Dans le conte populaire la mère envoie sa fille porter des galettes à sa « mère-grand » supposée malade. Pommerat inverse les rôles, ici, c’est la gamine (Valérie Vinci) qui trépigne pour aller voir son aînée, trouvant cela « triste », d’être veille et seule. Elle supplie alors sa mère (Isabelle Rivoal)  immense perchée sur talons-hauts invisibles aux bruits martiaux.

Le sexuel n’est pas absent ici puisque cette lecture met bien en avant la rencontre avec le loup que la petite fille rejoindra jusqu’à son lit pour se faire dévorer. La scène est formidable; le loup calé sous les draps tentant de justifier sa grosse voix et sa fourrure par un ‘ »tout le monde change » réjouissant.

Tout se joue sur un plateau incliné, l’espace est sombre et seule la lumière permet les apparitions et les disparitions des comédiens, dans le procédé désormais classique mis en place par Pommerat depuis ses premières pièces. La distance est immédiate avec le conte populaire. Un conteur (Ludovic Molière)  qui est aussi une voix off, en costume d’aujourd’hui nous raconte ce que l’on voit sans que, avant longtemps, les protagonistes aient la parole.

Alors on rit beaucoup, car on connait la fin ubuesque du Petit Chaperon Rouge qui sortira avec sa grand-mère (Valérie Vinci) du ventre du Loup (Isabelle Rivoal). Mais on frissonne aussi face à l’attrait pour le mal qui à quelques jour d’un second tour qui a placé le Front National là, prend plus l’allure d’une bête immonde que d’un bad boy poilu.

« Tout le monde change » dit le loup. Mais peut-on croire la parole d’un animal méchant ? Jamais.

Visuel : ©Elisabeth Carecchio

Spectacle tout public plutôt à partir de 8 ans.

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