Théâtre

« Ça ira (1), Fin de Louis » de Joël Pommerat repris au 104  dans le cadre de « Paris l’été »

« Ça ira (1), Fin de Louis » de Joël Pommerat repris au 104 dans le cadre de « Paris l’été »

20 juillet 2018 | PAR Yaël Hirsch

Unanimement acclamée par la critique (lire notre article du 11 novembre 2015)  et récompensée par un Molière en 2015, la pièce fleuve de Joël Pommerat sur la Révolution Française, Ça ira (1), Fin de Louis est reprise au 104 dans le cadre du Festival Paris l’été avant de revenir au Théâtre du Petit Saint Martin au printemps prochain.

[rating=3]

Salle comble pour cette première de la reprise de la pièce culte et fleuve de 4:30 de Joël Pommerat au 104. Ça commence à 19:30 et on nous a prévenu de prendre à manger : les entractes seront court et la fin prévue pour minuit.

Tout commence par un discours. Alors que la faillite menace l’Etat, le roi convoque les Etats généraux. Il est classe, ce Louis XVI en costume de ministre d’aujourd’hui et prêt à consulter ses sujets. Ils viennent de toute la France et se réunissent en trois ordres : nobles, clercs et membres du tiers état. Normalement, ils devraient délibérer séparément et les quelques milliers de représentés des deux premiers ordres compteront deux fois plus que les centaines de milliers de représentés du peuple. Sauf que les délégués du tiers états se rebellent : ils veulent réfléchir tous ensemble et décider à voix égales. Scandale et impossibilité d’acquiescer pour les deux autres ordres tutélaires. Tandis que que le fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette se meurt, il s’agit peut être de dissoudre ces États Generaux qui deviennent dangereux pour la stabilité du Royaume.

Faut-il marcher dans le sens de l’Histoire et peut-on rejouer le risque de la Révolution ? Avec une scénographie qui se veut épurée (du noir, du blanc, des costumes d’aujourd’hui), la lumière sculptée d’Eric Soyez, une foule d’aujourd’hui (la diversité figure parmi les proto-députés), Joël Pommerat propose de se pencher avant 1793, avant même la prise de la Bastille : lors des États généraux, pour relire l’histoire de la Révolution. En 2015, le contexte du terrorisme devait résonner fort avec les questions que Ca ira pose sur le commencement de la violence. En 2018, si la violence nous interloque toujours, la scénographie pseudo-immersive où la salle se fait hémicycle mais où le public assiste sans interagir aux incessants pugilats des représentants évoque moins d’urgence. Passer de la justice géométrique du holisme (3 états) à la justice arithmétique (et démocratique) de l’individualisme prend deux heures de déclamations un peu redondantes et faire son affaire à Louis dont c’est « la fin », doit prendre encore plus longtemps.

Le public attend que ça décolle, de se sentir impliqué dans le cœur battant de l’Histoire, comme semble l’y inviter le dispositif. Mais cette reprise d’une pièce politique culte ne parvient pas à nous soulever. L’on entend du bruit, de temps en temps l’on rit à un bon mot, mais rien de l’urgence qui a dû être à l’origine du succès et rien de la majesté d’un Quatre-vingt treize ou d’une Mort de Danton. Louis XVI est élégant à en pleurer, Marie-Antoinette glapit et les tièdes qui déclament un texte très écrit sont conspués avec une rigueur tellement bruyante, qu’on voterait presque pour le calme de l’ordre et le maintien de l’Ancien Régime. A force de refuser le sens de l’Histoire, la pièce manque de mouvement et Ça ira ne semble plus aller quelque part… Cruelle déception !

Photos © Elisabeth Carecchio
2015 juin Theatre des Amandiers
« Ça Ira /1 Fin de Louis » un spectacle écrit et mis en scène par Joël Pommerat
Décor et lumière: Eric Soyer
Costumes Isabelle Deffin
Avec Saadia Bentaïeb, Agnès Berthon, Yannick Choirat, Éric Feldman, Philippe Frécon, Yvain Juillard, Anthony Moreau, Ruth Olaizola, Gérard Potier, Anne Rotger, David Sighicelli, Maxime Tshibangu, Simon Verjans, Bogdan Zamfir

Infos pratiques

Galerie Pascal Cuisinier
Théâtre du Balcon
Christophe Dard
Diplômé d'un Master d'histoire contemporaine et d'une école de radio, Christophe est journaliste, passé notamment par Europe 1. Il travaille depuis 2013 pour Toute la Culture.Compte Instagram : https://www.instagram.com/christophe_dard/?hl=fr

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