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La fée Pommerat bénit Cendrillon

La fée Pommerat bénit Cendrillon

08 novembre 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Joel Pommerat continue sa plongée dans les histoires enfantines fort destructrices. après Le petit chaperon rouge et Pinocchio, c’est à Cendrillon qu’il s’attaque, réhabilitant le mythe de Perrault tout en modernité.
Pour une fois, il y a de la couleur et de la vidéo chez celui qui a l’habitude de ne travailler que la lumière. Tout commence au ciel ou un mime nous raconte l’histoire qui commence, celle si dure et qui ne devrait jamais arriver d’une petite fille qui voit sa mère mourir. Elle croit devoir penser sans cesse à elle pour pouvoir la faire revenir. Enfermée dans cette mission, elle se laisse entrainer dans la nouvelle vie de son père, quasi marié à une femme abjecte, mère des filles les plus laides possible. Sandra devient pour elles « Cendrier », bonne à tout faire. Mais, jusqu’au jour où au royaume, le roi donne une fête où il ne sera pas question de pantoufle de vair/verre ni de carrosse !
Comme toujours, les personnages apparaissent et disparaissent comme par enchantement ! Normal pour un conte de fée après tout ! Ici la fée est droguée du divan, blasée de l’immortalité. Elle déboule auprès de la très jeune fille ( magnifique Deborah Rouach) enfermée dans une chambre sans fenêtre, au sous-sol d’une maison en verre où les oiseaux viennent mourir. Ces oiseaux, elle a pour mission de les ramasser. Elle répondra à sa belle-mère « Très bien, ça c’est bien, je vais aimer faire ça ramasser les cadavres d’oiseaux, ça va me faire du bien de ramasser des oiseaux morts… avec mes mains– Ma mère, elle aimait bien les oiseaux. » La fée en mal de mortalité va prendre sa mission très au sérieux pour sortir la petite fille de ce marasme.
Pommerat redonne à ce conte sa juste valeur. L’histoire est dure non pas parce qu’elle nous fait nous apitoyer sur Cendrillon mais bien parce qu’elle pose la question aux adultes de la nécessite d’agir en adultes. Ici le père et le roi, joués par Alfredo Cañavate empêchent à leurs enfants de faire leur deuil. L’un brûle les objets porteurs de mémoire, l’autre fait croire à son fils, un prince tout sauf charmant, que sa maman va bientôt rentrer de voyage. Celle que l’on croit victime devient ici une héroïne, comme le dit la belle-mère « elle sait ce qu’elle veut cette gamine  »
Pommerat redonne à entendre cendrillon en en gommant toute mièvrerie, elle redevient une histoire acide, une dure leçon de vie où sont questionnés les rapports à la mort, la recomposition des familles et la transmission de la mémoire familiale. La mise en scène est parfaite, les moments d’humours, chantés ou dansés sont fort appréciables, le travail de lumière est comme toujours sublime, l’utilisation des voix off mêlées aux sons directs fonctionne à la perfection donnant un relief un peu fantastique au conte.
On est loin de Disney… !

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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