Théâtre
Catherine Frot magistrale dans Oh les beaux jours de Samuel Beckett au Théâtre de la Madeleine

Catherine Frot magistrale dans Oh les beaux jours de Samuel Beckett au Théâtre de la Madeleine

27 janvier 2012 | PAR Yaël Hirsch

Le mise en scène de Marc Paquien de la pièce « Ô les beaux jours » (pièce en deux actes, 1963) de Samuel Beckett à la Madeleine est un enchantement. En grande partie grâce à la performance éblouissante de Catherine Frot, qui nous ferait presque oublier les grandes dames qui ont porté ces mots avant elle : Madeleine Renaud ( dans la mise en scène de Roger Blin, 1971) et dernièrement, Adriana Asti (dans la mise en scène de Bob Wilson, 2010, voir notre critique). Volubile, labile, sensuelle, vivant, Catherine Frot donne, d’un froncement de sourcil, entièrement sens aux mots coulants de Beckett, sans jamais brusquer une de ses si précises didascalies. Une Winnie d’exception pour un très très grand moment de théâtre et d’émotion.

Enterré dans la terre jusqu’à la taille Winnie (Catherine Frot) a peu de moyens pour « tirer sa journée » jusqu’au bout : quelques objets dans un grand sac noir et des mots, beaucoup de mots qu’elle essaie de partager avec son mutique compagnon Willie (Pierre Banderet), qui est plus mobile mais pas hâbleur. Winnie doit le supplier de lui répondre et attrape des torticolis quand elle tente de l’apercevoir. Avec énergie et espoir, la prisonnière d’âge mur repousse l’heure de chaque rituel et se félicite de toute nouvelle pensée et de tout bon mot, qui viennent ajouter un beaux jour de plus à ceux qui l’on précédés.  Dans l’acte 2, Winnie est prise par la terre jusqu’au cou. Willie semble être mort et le sac n’est plus qu’un objet à l’horizon. Restent alors les mots et l’espoir d’ajouter malgré tout un autre beau jour à la liste de ceux qui sont déjà passés.

Naïade burlesque dans son haut de soie, Catherine Frot irradie dans ce superbe rôle. La scénographie de Gérard Didier est fidèle aux désirs de Beckett et transforme le « mamelon » en plage déserte, pour donner un côté anti-Aphrodite à la comédienne pourtant superbe. Plume sur la tête, rouge à lèvre et bonne humeur sont un remède miracle, et elle babille de joie aux quelques éructations (divinement discrètes) que lui renvoie le personnage entre-aperçu joué par Pierre Banderet. Catherine Frot ne butte sur aucun mot, aucun silence, tout est millimétré et chaque lancer de bras ou plissement de son visage vient ancrer les mots à la fois si forts et si banals de Beckett. C’est particulièrement vrai du deuxième acte où la comédienne ne peut plus bouger que lèvres et paupières. L’on rit, l’on s’émeut et Catherine Frot transmue par sa beauté et sa voix haute « Le vieux style »‘ dont parle Winnie : en elle on voit tous un peu la vieille personne que l’on va devenir. Sans chichi, juste par la simplicité de la mise en scène de Marc Paquien, les beaux jours deviennent un peu notre lot à tous, condamnés à vieillir longtemps vers un ilot de 4e âge que les mots peuvent ensoleiller, malgré la solitude.

« Oh les beaux jours », de Samuel Beckett, Mise en scène : Marc Paquien, assisté de Martine Spangaro, avec Catherine Frot, Pierre Banderet, Collaboration artistique Elisabeth Angel-Perez, Décor Gérard Didier, Costumes Claire Risterucci, Lumière Dominique Bruguière, Maquillages Cécile Kretschmar, 1h15.

 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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