Théâtre

Candide au Nouveau Théâtre de Montreuil, un spectacle divertissant

18 novembre 2009 | PAR Christophe Candoni

Le spectacle intitulé « Candide » que nous propose le Nouveau Théâtre de Montreuil est une adaptation d’Yves Laplace fidèle au conte philosophique Candide ou l’optimisme de Voltaire qui parait en 1759.

candide-nouveau-theatre-de-montreuil1Au début du spectacle, Candide est un optimiste béat qui suit l’enseignement de son précepteur, le Professeur Pangloss, et croit aveuglément qu’il vit dans le « meilleur des mondes possibles ». Pourtant, son existence ne sera qu’une suite de malheurs. Il devra parcourir le monde et surmonter de nombreux obstacles pour retrouver Cunégonde, la femme qu’il aime.

William Nadylam interprète à merveille le rôle de Candide. Il a une très belle présence. Il est lumineux et fragile. Il joue avec beaucoup de justesse la naïveté et l’insouciance au début puis le désespoir, le dégoût et la colère lorsqu’il observe la méchanceté des hommes. Notons aussi son implication physique remarquable. Juan Antonio Crespillo qui joue son ami Cacambo est drôle et émouvant dans le récit de sa vie sur le bateau. Hubertus Biermann a l’autorité, l’étrangeté et la fantaisie qui convient à Pangloss. Barbara Tobola joue Cunégonde avec beaucoup de tendresse et se révèle parfois très sombre. Les autres acteurs sont plus en force et parfois démonstratifs.

Hervé Loichemol installe ses acteurs dans une scénographie intéressante : le dispositif scénique imaginé par Pierre-André Weitz (on connaît bien son travail et son fidèle compagnonnage avec Olivier Py) n’est pas très novateur mais reste simple et efficace. Par exemple, le bateau est représenté par un mat et une corde sur un praticable auquel on agrafe un rideau rouge pailleté pour en faire un cabaret. Constitué d’éléments mobiles (escaliers, boites, praticables) jouant sur plusieurs niveaux, il suggère les endroits multiples de l’action. De manière fluide et habile, on passe d’un lieu à un autre. Les changements se font à vue.

Hervé Loichemol nous fait bien entendre toutes les interrogations, les réflexions ironiques et les critiques violentes de Voltaire contre sa société. Il y est question de la place de l’homme, son rôle dans la société, la violence et la barbarie de la guerre, la puissance de l’argent, l’intolérance, le fanatisme religieux, le poids des préjugés… Autant de questions provocantes et dérangeantes à l’époque et cependant d’une actualité féroce.

Cependant, le choix de certains costumes folkloriques et carnavalesques (postiches, perruques, faux seins…), de jeux de scènes proches du gag, de l’abondance des musiques donnent un aspect divertissant, léger et festif au spectacle. On évite de justesse le grotesque et la dérision (les travestissements, l’apparition de l’homme en string, les singes qui copulent ou la femme hollandaise qui urine dans un pot). Ici, pas de provocation, peu d’insolence. Pas non plus d’images choc pour questionner le monde et notre société. L’histoire est bien racontée mais elle ne met pas le public en interrogation sur lui-même et ce qui l’entoure. Seul le passage cynique d’une émission de téléréalité « Qui est l’homme le plus malheureux ? » présentée par Pangloss est inquiétant, insolent et féroce puisqu’il nous renvoie l’image de notre société voyeuriste, violente et sans pitié. Les propos virulents de Voltaire sont là mais ne nous dérangent pas car le spectacle n’est pas toujours à la hauteur de la violence et la combativité du philosophe.

La fin du spectacle est très réussie et saisissante car elle prend enfin le public à partie. La lumière se rallume dans la salle, les acteurs sont face  au public pour nous inviter à réfléchir comment construire un monde meilleur, qui en sont les héros et pour citer enfin Voltaire : « il faut cultiver notre jardin ».

Candide, jusqu’au 8 décembre, Nouveau Théâtre de Montreuil / Centre dramatique national, salle Jean-Pierre Vernant, Lundi, Vendredi, Samedi à 20h30, Mardi, Jeudi à 19h30,10 place Jean Jaurès 93100 Montreuil, m° Mairie de Montreuil (ligne 9), réservation : 0148704890.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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