Théâtre

Avec Le Mariage, Gogol revient au répertoire de la Comédie-Française

29 novembre 2010 | PAR Christophe Candoni

Lilo Baur monte Le Mariage de Nikolaï Gogol avec la troupe du français qui n’avait pas joué l’auteur russe depuis plus de dix ans. La comédie est plaisante tout comme la soirée qu’on passe au Vieux-Colombier. Pour être à la fête avec ce mariage-là, c’est presque gagné.

Drôle de défi que se lance une vieille marieuse peu encline à la morale (Clotilde de Bayser étonnamment distribuée dans ce rôle) au service d’un certain Plikaplov (Laurent Natrella, manipulateur roublard). Celui-ci veut marier à tout prix son ami Kapilotadov, éternel célibataire joué avec subtilité par Nâzim Boudjenah, un des derniers pensionnaires entré dans la maison qui se distingue par son jeu généreux, spontané et donne à voir toute la complexité du personnage en le rendant sympathique. Les deux acteurs forment un bon duo, tout en contraste. L’assurance arrogante, l’exaltation du premier répond à la nonchalance pataude et à l’indécision permanente du second face à l’union redoutée, le rire naît forcément. Au centre, la jeune Agafia est offerte cruellement à une galerie d’imbéciles cupides qui voit en elle une marchandise à acquérir. Julie Sicard rend avec justesse la part d’enfance de ce petit être timoré qui finira perdante. Si Kapilodatov, saute lâchement par la fenêtre, se sauve pour dix kopeks en fiacre, elle reste seule, assise sur l’étagère de l’armoire, le regard triste, et rideau ! Les premiers rôles sont donc bien campés. La troupe s’amuse, les acteurs communiquent un évident plaisir du jeu. En revanche, on reste sur notre faim face à la composition sans surprise des prétendants. Ils sont amusants mais trop conventionnels.

La mise en scène de Lilo Baur est vive, joyeuse, elle donne dans la farce avec tout ce qu’elle a de rudesse et de cocasserie. Mais on lui reprochera de trop appuyer le cadre pittoresque dans lequel se déroule l’action. La causticité populaire de la pièce effleure la caricature. Les costumes colorés d’Agnès Falque, faits de perruques, de postiches, de faux ventres ou faux culs, participent à une étrangéisation du quotidien mais n‘évitent pas le carnavalesque et font davantage penser à des déguisements. Le décor de James Humphrey, coquet et fonctionnel, est réussi. Lilo Baur emprunte divers procédés comiques au vaudeville, au cinéma muet et même au théâtre de l’absurde. Du spectacle émane une légère fantaisie mais il paraît trop appliqué et manque de folie. La preuve, on reconnaît des ficelles souvent utilisées.

Plus de férocité et d’inventivité aurait fait décoller davantage une représentation un peu routinière mais on passe un bon moment : on rit, grâce à la traduction délicieuse d’André Markowitz, y fusent des insultes, des grivoiseries, plein de trouvailles et de bons mots. Le travail accompli sert bien l’esprit de la pièce.

Le mariage, jusqu’au 2 janvier 2011 au Théâtre du Vieux-Colombier. 01 44 39 87 00/01 et www.comedie-francaise.fr

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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