Théâtre
« Aucune idée » dernière saillie théâtralisée de Christoph Marthaler aux Abbesses

« Aucune idée » dernière saillie théâtralisée de Christoph Marthaler aux Abbesses

03 novembre 2021 | PAR David Rofé-Sarfati

Christoph Marthaler propose une petite forme autour de l’un de ses comédiens vedette Graham F. Valentine. Le spectacle, coréalisation du Théâtre de la Ville dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, fonctionne autant comme un spin off souriant qu’à la façon d’une métonymie désopilante de l’univers du maitre suisse. Les affidés sont enchantés.

Les fondamentaux de Christoph Marthaler

Comment aborder au théâtre le phénomène de la lacune ? Aucune idée, répond Christoph Marthaler, qui prouve cependant avec un spectacle drôle et savoureux, interprété par le comédien Graham Valentine et le violoncelliste Martin Zeller – rappelons que Christoph Marthaler est musicien de formation – qu’il a quand même son mot et son non-mot à dire sur cette question évasive.

Les admirateurs de Christoph Marthaler connaissent son regard amusé sur des êtres perdus, égarés au milieu de lieux collectifs et sans âme. Les mêmes auront sans doute repéré dans sa troupe un grand et sec dandin souvent affecté à des emplois de majordome, de maître de cérémonie ou de guide loufoque, un échalas impassible qui n’en pense pas moins, avec une élégance toute British. Graham F Valentine acteur d’origine écossaise compagnon depuis ses débuts dans les années 70 des aventures extraordinaires de Marthaler s’attache dans Aucune idée à une exploration consacrée à la lacune, au manque, à l’omission, au trou de mémoire.

La syncope du  signifiant

Le spectacle attrape la question de la lacune par le tempo et par la syncope. La musique du violoncelle jouée dans un couloir anonyme figure le tempo, tandis que les mots et les gestes des personnages convulsent et bégaient sans cesse. L’absurdité des paroles confuses finit de produire l’omission de sens et son vide. Le flot des mots est transpercé pour dévoiler le vide du sens. A cette confusion Marthaler ajoute l’intrication. A l’instar des cordes de piano qui construisent des notes en combinant des fils différemment accordés, les paroles des personnages s’entremêlent. Ces échancrures et entremêlements forment autant de syncopes du langage.

La verbalisation est désordonnée. A l’image d’un radiateur que le personnage débranche de son réseau d’eau chaude et qui continuera à fonctionner, le discours est entrecoupé de scansions et d’onomatopées, cependant qu’il continue à nous dire quelque chose.  

L’expérience spectateur tient de l’hallucination et du vertige. Dans un hilarant tohu-bohu théatral, il découvre la brisure par les interstices pratiquées par Marthaler entre les mots. Et le sens jaillit, fait de non-sens et donc d’humour.

Aucune idée

du 1 au 14 Novembre au théâtre des Abbesses, durée 1H20.

Conception et mise en scène, Christoph Marthaler 
Avec Graham F. Valentine et Martin Zeller

Crédit Photo ©Julie Masson

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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