Théâtre

Au Ballhaus Ost de Berlin, Institutet explore l’altérité

Au Ballhaus Ost de Berlin, Institutet explore l’altérité

26 février 2017 | PAR Nicolas Chaplain

Au Ballhaus Ost, le collectif suédois Institutet présente une performance intitulée The One and the many. Deux interprètes, Rasmus Slätis et Andriana Seecker, prisonniers de leur solitude errent dans un espace sombre et tentent l’expérience de l’altérité.

Deux êtres perdus, fragiles, sortes de spectres, apparaissent dans l’obscurité et la brume. Survivants d’un monde déserté ou dévasté, ils errent dans un espace vide et sombre, progressent dans des rais de lumière faible à la recherche de l’autre, d’’inconnu, de consolation et ils ne se rencontreront que brièvement, furtivement.

Qui sont-ils ? Ils sont pieds nus, simplement habillés. Elle porte une robe rose à fleur sans âge. Lui, un T-shirt et un pantalon beige. Sur une plage sonore planante et électro, Lui et Elle dansent, se frôlent, s’attirent, se rejettent. Les lumières délicates des néons sculptent des espaces dans lesquels évoluent les performeurs.  Puis, la parole surgit lentement. Lui exprime des pleurs, une souffrance. Elle fait entendre des cris et des plaintes, des gémissements comme exutoire. Enfin se forment plusieurs étreintes fugaces et dépassionnées. Chacun se retrouve seul et lèche, embrasse ses propres mains et bras.

Ces corps sans identité sont des reliques, des archives, comme chez Beckett, dont les cicatrices consignent un passé, une histoire de famille, de fantômes. Chacun derrière un micro, ils communiquent. La parole fragmentée et répétitive manifeste des hantises, des souvenirs d’une vie antérieure dont les bribes évoquent des éléphants, un iceberg, un père, une mère.

La proposition énigmatique et mélancolique, fugace et secrète explore donc les rapports entre soi et les autres. Le spectacle de la mémoire, de la douleur et de la violence affective se clôt sur les notes de musiques minimalistes d’Elle à la guitare et Lui à l’accordéon, tournant le dos au public, inondés par la fumée, jouant chacun pour soi mais ensemble, une longue phrase musicale, saisissante de beauté.

Au Ballhaus Ost de Berlin, le 23 février 2017. © Nelly Rodriguez

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Nicolas Chaplain

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