Théâtre

Andreas Kriegenburg fait tourner la folie procédurière au Festival In

18 juillet 2010 | PAR Amelie Blaustein Niddam

« Der Prozess » ne se jouait que trois petits jours au théâtre municipal et restera l’une des révélations majeures de l’édition 2010 du festival d’Avignon. Pour sa version du « Procès », Andreas Kriegenburg, metteur en scène né en ex-Allemagne de l’est qui se destinait d’abord à être menuiser, a fait construire un décor kafkaïen, support à la folie du texte. Chef d’œuvre.

Le jour de son trentième anniversaire, Josef K., employé de banque célibataire et vivant dans une pension, est victime d’une étrange aventure qui bouleverse sa vie: les employés d’une mystérieuse organisation viennent l’arrêter au petit matin. Ce roman de Franz Kafka  ne devait pas voir le jour, c’est aprés sa mort, en 1924, que le texte est receuilli par Max Brod.Il sera édité en 1933, année de l’accession au pouvoir du parti National-Socialiste.

Andreas Kriegenburg souffle le public par son choix scénographique. Après un début de spectacle burlesque où une comédienne habillée en Charlie Chaplin nous demande de surveiller notre voisin, nous découvrons  le décor du spectacle. Devant nous, un plateau tout rond bougeant de façon à la fois circulaire et verticale. Nous voyons alors, totalement ébahis, les comédiens à l’envers, posés sur des chaises visées sur ce plateau hors norme. La folie de la pièce est sublimée par ce procédé qui fait tourner la tête de Josef K à chaque fois que l’on avance vers l’issue fatale.

La mise en scène repose sur le jeu brillant des comédiens et sur l’idée majeure de Kringenburg de dupliquer les « Josef K, » ils sont 7, tous avec leur jeu propre, ni chœurs, ni clones, juste les identités multiples d’un seul homme. Les 7 sont joués à la fois par des hommes et des femmes permettant de dire toutes les émotions de ce condamné à mort.

« Der Prozess » est un pur chef d’œuvre à  trois niveaux. Le spectacle met en avant la folie totalitaire à naître, mais aussi, l’absurdité de la condition humaine dont la fin est connue. Egalement, et c’est encore l’une des innovations de ce metteur en scène au talent monstrueux,  cette version donne à voir le caractère burlesque du texte, aspect oublié de nos contemporains dont les yeux et la mémoire ont connu la Shoah et ne pouvant voir dans Le Procés qu’une prémonition.

Il faudra veiller aux dates françaises, pour l’instant, le spectacle se jouera le 26 septembre au Thalia Theater de Hambourg

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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