Théâtre
And on the thousandth night… : les 1001 nuits à l’infini au festival d’Automne

And on the thousandth night… : les 1001 nuits à l’infini au festival d’Automne

05 septembre 2021 | PAR Anne Verdaguer

Entre marathon scénique et expérience narrative, And on the thousandt night, le nouvel opus des anglais de Forced Entertainment, présenté en ouverture du festival d’automne en version originale non sur-titrée et qui dure 6 heures (avec entrées et sorties libres) repousse encore les limites de la création et de l’improvisation. On prend une grande respiration et on plonge dans cette performance proche de l’univers d’un Terry Gilliam où affleurent volontiers la folie et l’absurde.

 

Huit personnages couronnés en toque rouge sont assis face public, ils racontent tous une histoire, s’interrompent, vont et viennent entre l’arrière du plateau et l’avant scène. Qui aura le dernier mot? Pour le savoir, il faudra attendre six heures, car c’est un véritable marathon de l’attention et de la mémoire que nous proposent le collectif de Sheffield qui collaborent ensemble depuis 1984… un marathon pour eux aussi…  D’ailleurs, ils se ravitaillent régulièrement tels de véritables coureurs de fond. Sans filet, toujours sur la crête, à la limite de la rupture. La seule règle ici est la suivante : chacun peut interrompre le récit à tout moment. Cela donne lieu à de véritables joutes verbales, des battles de mots. Et c’est cette constante mise en danger qui est à la fois jouissive et déconcertante.

Sans filet

Cela commence avec des histoires de Roi et de Reines, mais aussi de princes et de princesses, ils sont dans leurs châteaux, ont des problèmes de royaume et de succession à régler. Puis petit à petit, cela prend une toute autre dimension, le rythme s’accélère, les concordances se multiplient. Les histoires s’imbriquent, on y retrouve parfois un élément, un personnage, ou une situation évoquée ailleurs. Ca s’enchaîne très vite, et les interruptions sont de plus en plus rapides, à tel point que l’on se demande comment les acteurs gèrent la frustration. Ils doivent en tout cas développer des trésors d’ingéniosité pour suivre le cours de l’histoire racontée, tout en développant la leur interieurement, pour pouvoir mieux rebondir. Résultat : d’un Roi qui se morfond dans son château, on en arrive à une histoire d’araignees venues de l’espace ! Le récit, décousu, tel un énorme patchwork, une toile à multiples facettes, ne s’interrompt jamais. Et la tension est tout le temps présente, tient le public en haleine tel le cliffhanger d’une série à succès.

Cet art du conte, de la performance originale, et de la confusion, Forced Entertainment ( en français « divertissement forcé ») emmené par son directeur artistique Tim Etchells, le cultive depuis toujours. Invités régulier du Festival d’automne depuis 2007, ces pionniers du théâtre contemporain, nourris à la pop culture et à d’autres arts, sont l’objet d’un portrait en six rendez vous qui s’égrène jusqu’en Décembre prochain. A ne pas rater. 

 
Visuel : © Hugo Glendinning
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Anne Verdaguer

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