Théâtre

Amour sur place ou à emporter : une comédie chromatique

19 novembre 2012 | PAR Hassina Mechaï

Alors c’est l’histoire d’un kem et d’une meuf. Bof..entrée en matière un peu trop Coluche, dépassées les années 80 ! Essayons plutôt ainsi: alors lui c’est Noom, elle c’est Amelle; ils se rencontrent, ils essayent de s’aimer, ils se textotent sans cesse, ils cassent, elle part…bref c’est l’histoire d’un couple. Une jolie comédie générationnelle à ne pas manquer au théâtre du gymnase.

Deux pousses de la pépinière du Jamel Comedy club, Noom Diawara et Amelle Chahbi, présentent le premier spectacle; un genre nouveau qualifié de “street boulevard”, un mix entre stand-up et vaudeville, entre street fight et batlle words. Posons le tableau: Noom est banlieusard, vit chez ses parents, il est radin et aspirant manager chez Mcdo. Amel est parisienne, vit seule, libre en apparences. Lui est naïvement retors et dragueur compulsif, elle est finaude et finement crispante. Amelle la rebeu et Noom le renoi, couple new generation. Ils se likent sur Facebook, se captent à l’Hippopotamus, ont un second rendez-vous à l’UGC pour voir, tout un symbole, Bienvenue chez les ch’tis, construisent et détruisent leur couple par SMS.

En quelques tableaux qui suivent chronologiquement l’histoire de leur couple, on assiste à une jolie description des moeurs actuelles : la drague, le couple à l’ère d’internet, l’e-couple, rapide à l’emballage comme au déballage, au formalisme nouveau et aux règles qui s’écrivent au fur et à mesure. Pour le couple-mode-d’emploi, il y a une application pour ça…

La comédie joue habilement sur deux niveaux d’humour, les entrecroisant avec bonheur, lorgnant même parfois subtilement vers le domaine de la satire générationnelle, celle de la « bref génération ». Premier niveau d’humour: l’homme et la femme. Thème battu, débattu, rebattu depuis que le monde est monde, mais dont la source n’est encore pas tarie tant le mystère demeure entier. Bien malin qui réussira à le percer. Les amours actuelles où on est ensemble avant même d’être un couple, qui se like, se kiffe, se love mais a du mal à se supporter, qui se mamourise par Sms et se fight pat texto. Des brèves relations amoureuses en 140 signes, l’esprit de synthèse en plus.

Le second ressort comique est bien sûr les éternels vannes entre Noirs et Arabes. Et là c’est un geyser de clichés, parfois fins, parfois lourds. Les Noirs sentent mauvais, les Arabes volent; les Noirs sont soumis, les Arabes sont mal élevés; les Noirs sont polygames, heu les Arabes parfois aussi…Mais on ne s’offusque pas bizarrement pendant le spectacle comme si le fait que ces vannes dites par ces « minorités visibles » nous empêchaient de dramatiser, de détourner pudiquement les yeux face à ce politiquement incorrect assumé Pas de rires gênés devant cette comédie, mais des rires francs. Quand Noom se moque des paradoxes religieux d’Amelle, quand Amelle titille Noom sur ses nombreux frères et sœurs, on assiste à un beau retournement du stigmate xénophobe. C’est tellement caricatural, le trait est si grossi et le cliché raciste est renvoyé à sa bêtise caricatural, et que les rires fusent avec délice.

Si on ajoute que le spectacle fourmille de trouvailles dans la mise en scène fluide, que s’installe un dialogue léger avec le public qui donne avec bonheur son avis, et que les comédiens Noom et Amelle s’amusent visiblement, alors tout sera presque dit. Ah non, j’oubliais, la mise en scène est signée du cynique et drôlissime Fabrice Eboué, qui a certainement participé à l’écriture de cette street comedy pas très urbaine. Voilà, tout est dit et j’espère ainsi avoir évité largement le coup de coude-balayette promis, à la fin de la représentation, par les acteurs à ceux qui diront du mal de leur pièce…

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Hassina Mechaï

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