Théâtre
Aller cherchez demain au petit théâtre de Paris, une merveille d’humour juif

Aller cherchez demain au petit théâtre de Paris, une merveille d’humour juif

03 février 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Allo Maman, tu vas bien? Oui mon fils. Ah, pardon Madame, j’ai dû me tromper de numéro!

Une blague juive, c’est un trait d’humour souvent triste, quelque fois même méchant, mais toujours nostalgique et sensible. Le tout à l’image de la nouvelle pièce de Denise Chalem  mis brillamment en scène par Didier Long.

Charles, encore très en forme pour son grand âge, regarde la vie sans jamais parler de lui. Ah moins que toutes ces plaisanteries racontent une seule et même histoire…la sienne. Charles a toujours un mot à redire, avec un humour et un cynisme dingue. Sa fille l’adore mais craque un peu…Il faut dire, entre son travail comme infirmière de nuit dans le service de soins palliatif d’un hôpital à la lumière bien glauque , sa gentille collègue mariée et mère de famille ( elle!) et son petit ami, Adrien, aux tendances antisémites, la crise de nerf n’est pas loin. Alors, elle bloque. Pas de mariage, pas de projet, pas d’enfant, pas de parole. Lui, la nuit, insomniaque il tape la causette avec Didou, la perruche, elle fait de même quand elle rentre, vers 8h du matin.

Le temps qui passe est le fil de ce spectacle. La scénographie sépare le jour de la nuit en deux décors coulissants, l’un de l’appartement, l’autre de la salle de garde. L’installation fonctionne à merveille. Entre la Shoah dont Charles ne veut pas parler et les horaires décalés de Nicole, il est aisé de se croiser rapidement. Mais le vieil homme n’est pas taciturne, il plaisante, danse dans une scène incroyable sur les musiques de son premier téléphone portable. Adrien face à sa relation bancale avec Nicole, vient souvent rendre visite au père la nuit, il cherche à savoir mais ne porte pas une oreille assez attentive sur les blagues qu’il raconte en boucle. Et pourtant, la clé est là: la Pologne, l’exil, le nazisme, la fuite pour se cacher, les mères possessives et quelques douceurs au miel.

Aller chercher demain est un témoignage extrêmement juste sur la communauté juive ashkénaze de France. Déportée à 25%, la majorité s’est cachée, à survécu et a choisi de ne plus jamais « en » parler. Les enfants issus  de cette génération ont respecté ce silence en se taisant à leur tour. C’est de l’extérieur, ou des petits enfants que la volonté d’entendre est arrivée. La pièce se concentre sur la relation père-fille dans une infinie tendresse qui ne dit jamais son nom. Entre eux c’est acide et parfois blessant, mais plein d’amour au fond.

Les comédiens excellent. Michel Aumont déclenche des rires en rafale, Denise Chalem est superbe en femme blasée « ayant fait le tour de la question avant de décider que les hommes ça ne l’ intéressait plus », son fiancé Adrien, Philippe Uchan est un homme dépassé, les épaules basses, il est débordé. Quand à Nanou Garcia, elle est adorable en jeune mère de famille au mari incompétent.

En ressort une pièce au texte fin, au rythme dense et à la tendresse infinie. Un grand coup de cœur.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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