Spectacles
Aumont et Bénureau donnent du plaisir

Aumont et Bénureau donnent du plaisir

16 septembre 2013 | PAR Bérénice Clerc

Mon-beau-pere-est-une-princesse

 

L’été s’effiloche, le vent commence à souffler sur Paris, le froid glace les parisiens chanceux d’avoir encore quelques grains de sable dans les chaussures. Le Théâtre du Palais Royal, comme à son habitude, décide de faire rire ses spectateurs les plus fidèles et d’attirer de nouveaux publics avec à l’Affiche depuis le 3 septembre Mon beau père est une princesse écrit et mis en scène par Didier Bénureau avec le merveilleux Michel Aumont, Claire Nadeau, Gaelle Lebert et Dider Bénureau dans un rôle écrit sur mesure.

Didier Bénureau fait rire la France depuis de nombreuses années avec ses sketchs finement ciselés et interprétés avec la folie nécessaire des génies de l’humour. Ecrire une pièce c’est autre chose, une mise en danger, une autre façon de rencontrer les spectateurs autour d’une histoire plus longue avec des amis de jeu. Didier Bénureau réussit sa première mission, la plus dure sans doute, écrire une pièce drôle comme un boulevard, intelligente comme un spectacle de boulevard de l’époque de Maillant, proche de l’actualité, libre, riche de réflexions, un humour pensant, miroir sur le monde, l’humain et ses délires.

La pièce met en lumière un couple de 70 ans dont l’homme entame avec peine sa retraite. Lors d’un week-end chez leur fille, le gendre annonce à son beau père qu’il est amoureux de lui, qu’il ne comprend pas mais qu’il le désir…

Pour servir son texte et sa rythmique d’orfèvre, Didier Bénureau choisit l’exquis Michel Aumont, on le connaît au cinéma, au théâtre, il sert les drames à merveille, faire rire est bien plus difficile mais cet acteur à une mécanique de jeu extraordinaire, tout est juste, la diction, le corps, le sens du texte, le rythme, les ruptures, un acteur, un vrai comme il est extrêmement rare d’en voir aujourd’hui particulièrement en cette période où tout le monde pense qu’une blague non interprétée peut faire rire au delà de la table familiale ou amicale…

Michel Aumont n’est pas seul, Didier Bénureau campe un personnage de gendre mal dans sa vie, grand dadet adulte, ado, hétéro troublé par son beau père comme une lubie passagère. Le beau père peu à l’écoute de ses émotions, macho par habitude est accompagné par une femme post « soixantehuitarde » désireuse d’être aimée comme lors de sa prime jeunesse et campée par Claire Nadeau fidèle à ses personnages délurés. Pour la première fois peut-être, il est aimé, désiré, troublé d’exister en dehors de ses habitudes, il est prêt à plonger dans l’inconnu du désir pour vivre autre chose, oser être libre sans entrer dans la case homosexuelle.

Didier Bénureau réussit cette prouesse, rien n’est cliché, le sujet pouvait ouvrir les portes du mauvais goût, de la caricature, faire rire sur les soit disant différences des homosexuels mais il n’en est rien, le texte, les acteurs, le jeu sont drôles mais tout est possible, plausible, les spectateurs prennent du plaisir, rient et vivent cette situation familiale délicate sans jamais pouvoir prendre la place du juge.

 

La soirée est agréable, légère, une pièce comique pour rire, sans oublier de penser, mais pour le plaisir de l’instant, sentir la vie filtrer par l’humour.

 

 

Visuel : (c) théâtre du palais royal.

 

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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