Théâtre

FESTIVAL 7.8.9. au théâtre de Nesle, à Paris : « Hamlet » ou les errements d’un homme brisé

FESTIVAL 7.8.9. au théâtre de Nesle, à Paris : « Hamlet » ou les errements d’un homme brisé

12 septembre 2019 | PAR Magali Sautreuil

Hamlet est un personnage shakespearien ô combien fascinant qui, en se questionnant sur la conduite à adopter suite à l’assassinat de son père, finit par se perdre lui-même. Revisité par l’auteur du XIXsiècle Jules Laforgue, son mythe, dépouillé de son histoire, révèle l’homme dans son intimité et ses tourments. Un spectacle déroutant, mais profond, à découvrir dans le cadre du festival 7.8.9., au théâtre de Nesle, les dimanches 8 et 15 septembre 2019, à 15h

Dans cette adaptation du texte surréaliste de Jules Laforgue, publié en 1887, à titre posthume, Hamlet est un soldat des années 1960, qui revient meurtri par la guerre. « Alimentée par de véritables témoignages de soldats de guerre ayant pris part aux conflits vietnamien et algérien, la pièce dénonce les atrocités de la guerre et l’impact qu’elle peut avoir sur les hommes à leur retour du front. Nous sommes dans la tête de ces jeunes gens qu’on a forcé à tuer, torturer… et sont devenus barbares malgré? eux. » (note d’intention)

Depuis le décès trop irrégulier de son père, d’étranges pulsions destructrices prennent Hamlet à la gorge. Crâne rasé, corps et visage recouverts de suif, vêtu d’un pantalon en treillis militaire et d’un débardeur noir, pendentif argenté autour du cou, il erre dans une chambre aux allures de squat, dont le décor se résume à une télévision, un lit, une chaise, un sceau métallique, des praticables, des paravents recouverts d’articles de journaux et d’affiches d’Hamlet et du film Apocalypse Now

« La scénographie s’inspire d’ailleurs directement du film Apocalypse Now » (note d’intention) réalisé par Francis Ford Coppola, où, à l’instar du jeune capitaine Willard, mal rasé et imbibé d’alcool, cloîtré dans sa chambre d’hôtel de Saigon, Hamlet semble prisonnier d’une sorte de huis-clos.  La musique, principalement reprise du groupe de rock psychédélique américain des années 1960/1970 The Doors (The end…), permet de contextualiser la pièce dans les années 1960. 

Jules Laforgue imagine Hamlet seul, dans sa chambre, confronté à ses propres démons, tentant de faire éclater la vérité sur la mort de son père et de donner un sens à sa vie. Il exprime un réel mal de vivre, d’autant plus fort qu’il découle d’un profond sentiment d’isolement. Hamlet est ainsi saisi dans l’intimité de ses pensées et dans le carcan de sa solitude, rendu tangible par son long monologue, entrecoupé de quelques échos lointains, de quelques phrases prononcées par feu Michel Aumont…

Pauvre Hamlet si plein de rage et d’une verve amère face à une destinée pitoyable et impitoyable, il se voit comme un paria, un parasite féodal qui ne parvient pas à trouver sa place. Il semble chercher un quelconque Salut, qui semble transparaître dans les postures christiques qu’il adopte par moment.

Dépouillé de son histoire et de ses racines, il erre dans un monde absurde et plonge petit à petit dans la folie. Souffrant de paranoïa, il pense que tout le monde est contre lui et qu’il faut donc tous les tuer ou bien s’évader.

À la fois acteur et narrateur de son histoire, il tente de fuir la réalité, en faisant jouer son propre drame, celui d’un adultère doublé d’un régicide, triplé d’un coup d’état à deux comédiens, William (allusion à Shakespeare) et Ophélia / Kate (clin d’œil à la femme qu’il aime et qu’il a conduit au suicide).

Mais quel que soit le moyen auquel il semble se raccrocher, sa situation semble inexorablement l’amener à sa propre fin…

Quand la pièce se termine, on réalise alors que nous sommes au théâtre. On l’avait un temps oublié, tant l’acteur qui incarne Hamlet s’est totalement fondu dans la peau de son personnage…

Hamlet, d’après Hamlet ou les suites de la piété filial dans Les moralités légendaires de Jules Laforgue, adapté et interprété par Kevin Gouabault, avec la voix de Michel Aumont, mis en scène par Pierre-Olivier Scotto, assisté par Violette Erhart, présenté les dimanches 8 et 15 septembre 2019, à 15h, dans le cadre de la 5édition du festival 7.8.9., organisée du 5 au 30 septembre 2019, au théâtre de Nesle, à Paris. Durée : 1 h 10.

Réservez votre place pour la prochaine représentation ici

Retrouvez l’actualité du théâtre de Nesles sur son site Internet (ici), sa page Facebook (ici) et son compte Twitter (ici).

Infos pratiques

Théâtre El Duende
Granville Gallery
David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *