Théâtre

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Youri, quèsaco ?

04 octobre 2011 | PAR Christophe Candoni

La saison dernière, Romane Bohringer et Didier Bénureau s’offraient au théâtre de la Pépinière un couple d’amis acheté en grande surface , cette fois-ci, c’est Anne Brochet qui revient de faire ses courses avec un gamin sous le bras. Elle l’a volé au rayon électroménager de chez Leclerc pour l’offrir à son mari Jean-Paul Rouve. Et oui, c’est farfelu et plutôt curieux cette redite d’une année théâtrale sur l’autre. « Youri », la dernière pièce écrite par Fabrice Melquiot est mise en scène par Didier Long au Théâtre Hébertot. On ne reconnaît pas un instant le talent indéniable de ces artistes dans ce ratage sans précédent.

Qu’est-ce qui a bien pu donner envie à Didier Long de monter cette mauvaise comédie et aux comédiens de la défendre? C’est bête, lourd, inconsistant, d’une vulgarité sans commune mesure. Ça fait bien glousser le parterre mais avec les moyens les plus indignes : un phallus postiche, des blagues limites, d’un goût extrêmement douteux, quelques rebondissements tellement énormes qu’il est absolument impossible de croire en la situation.

Youri est un adolescent mutique, il fait peur en poussant des cris d’animaux, en pissant debout dans le salon ou en sautant au cou de son papa. Face à l’étrange comportement de Youri, voilà que le père craint qu’il viole sa femme alors que celle-ci pense que son mari abuse sexuellement de l’adolescent. C’est aller loin dans l’invraisemblable. Il y avait pourtant matière à écrire une bonne pièce car le désir d’avoir un enfant et l’adoption sont des sujets de société contemporains, sérieux et importants, qui sont vraiment susceptibles de parler à tous à condition qu’ils soient traités avec finesse, plus de pertinence et de profondeur, des qualités dont le spectacle est totalement dépourvu. Et pourquoi ne pas en rire après tout? Sauf que divertir ne nécessite pas de prendre les spectateurs pour des crétins.

La mise en scène de Didier Long comme le décor manque d’invention pour tenter d’apporter du contenu. Jean-Paul Rouve est un acteur sympathique et populaire au demeurant, il s’est formé aux Cours Florent, a apparemment déjà fait du théâtre ; c’est la première fois que nous avons l’occasion de le voir sur scène, il y est franchement mauvais. Anne Brochet n’a pas l’air d’avoir conscience de la galère dans laquelle elle se trouve, elle joue avec une sincérité désarmante son rôle de femme frustrée et dingo. Pour Jacques de Candé, incarner un personnage aussi mince et indéfendable tient du prodige. Au prix des places dans le privé, c’est consternant.

photo, Pure People

 

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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