Théâtre
« Yakish et Poupatchée – Comédie crue » ou de la pauvre laideur sans espoir ni gloire

« Yakish et Poupatchée – Comédie crue » ou de la pauvre laideur sans espoir ni gloire

03 mai 2011 | PAR La Rédaction

Frédéric Bélier Garcia met en scène au Nouveau Théâtre de Montreuil jusqu’au 10 mai 2011 la 19ème pièce de Hanokh Levin, « Yakich et Poupatchée », une comédie crue et désespérée sur le thème de la laideur comme obstacle à la réalisation de nos désirs sexuels (surtout si, comme dans ce cas, elle est associée à la pauvreté), de la résignation dans les rapports conjugaux, de l’échec…

L’histoire se déroule entre deux villages imaginaires perdus dans le rien, Platchki et Platchinki, où vivent respectivement Yakich et Poupatchée, un jeune homme et une jeune femme pauvres et extrêmement laids, en âge de se marier, et auxquels leur condition physique empêche de se trouver une épouse pour l’un et un époux pour l’autre.

Poupatchée brûle de désir charnel et est impatiente de trouver un mari pour pouvoir avoir par la suite un enfant à câliner, car tous les enfants trouvent leurs mères belles, car ils n’en n’ont qu’une… Yakich en revanche, dans la solitude de sa vie avec papa maman, semble plutôt inquiet de son triste sort d’homme que ni la nature ni la fortune n’ont gâté. Il ne peut pas prétendre à une belle femme apte à exciter son désir. Les parents de Yakich, désespérés eux aussi, pensent à recruter un marieur, malgré le coût financier induit. Monsieur Lifestock, le marieur, les emmène directement dans le village voisin, chez Poupatchée et ses parents, qui connaissent également le même désespoir. Les deux jeunes se rencontrent sur le quai d’une gare et… ne se plaisent pas, ce qu’on n’avait pas de mal à imaginer !

Le mariage a tout de même lieu, dans un climat dominant de résignation, et de façon bien singulière ; on dirait plutôt un enterrement ! L’histoire et toutes les péripéties qui s’ensuivent se concentrent autour de la question suivante : ce mariage parviendra-t-il à être consommé ?
Pour y arriver, toute la petite troupe (mariés, parents et beaux-parents, un beau-frère aussi, mais on ne sait pas de qui…) traversera plein d’aventures catastrophiques, en côtoyant une prostituée italienne, ou encore une princesse très généreuse… Tout ça pour permettre à Yakich de trouver l’émoi nécessaire à s’unir à sa femme, trop laide pour l’exciter par ses propres moyens.

Très désacralisant, presque obscène en certains moments mais toujours sur un ton très ironique, la pièce peut nous laisser un peu désorientés de par la crudité et la trivialité du parti pris esthétique de « l’esprit de classe » défendu, qui n’offre aucune possibilité de gloire (cf. la sortie de scène de la princesse Graziella Mozzarella). La moche Poupatchée n’est pas non plus d’esprit trop fin, mais est plutôt assommante, presque hystérique. Tout le contraire de l’idéal grec du kalos kagathos ! Evidente critique de la société de consommation valorisant l’argent et la beauté, le texte est de 1967. Dans le climat politique triomphaliste régnant, la pièce fut tout d’abord censurée.

Le travail est intéressant, l’écriture du texte très variée, la mise en scène somptueuse, les moyens scéniques imposants, les acteurs très bons (petit coup de cœur pour Ophélia Kolb dans le rôle de Poupatchée). Certains passages sont en sus véritablement drôles dans leur finesse, imprégnés d’une ironie très amère qui ne manque pas de toucher et inviter à la réflexion sur la condition humaine.

Le spectacle se termine le 10 mai !

 

Sara Anedda

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La Rédaction

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