Spectacles

Romanès Cirque Tsigane

20 janvier 2009 | PAR Annabel

Le Romanès Cirque Tsigane se produit à Paris le dernier week-end de janvier à la porte de Champerret. Ne le ratez pas. Chants, musique, jonglage, danses, le spectacle ravira tous les âges et vous mènera dans un univers où la vie oscille entre le burlesque et le merveilleux.

Toute la famille est en scène, chacun a sa place et les numéros se succèdent, du jonglage magnifiquement interprété par un excellent jongleur très drôle, aux acrobaties périlleuses puisque sans filet, en passant par de petites filles gracieuses, aux danses facétieuses. Les numéros sont entrecoupés de chants gitans d’une poésie très touchante et d’une musicalité frissonnante. On se laisse entraîner dans cet univers étonnant avec délice.

Le cirque se fait poète

Certaines femmes n’ont pas de numéro mais restent en scène, comme si elles aussi étaient au spectacle, elles discutent avec leur voisine et tricotent parfois. Seraient-elles le miroir du public ? Quoi qu’elles puissent signifier, leur présence étoffe le spectacle.

Comment la famille d’Alexandre Romanès est-elle venue au cirque ? Dans son livre Un peuple de promeneurs, Alexandre l’explique : « A vingt-cinq ans, j’ai quitté le cirque familial : le cirque de mes parents ressemblait de plus en plus à un hangar pour avions, j’ai jeté l’éponge, je suis parti. Pendant quelques années, j’ai fait mon numéro d’équilibriste dans la rue. J’étais depuis longtemps attiré par la poésie, j’ai rencontré des poètes, Jean Genet, Lydie Dattas, Jean Grosjean, Dominique Panier. J’ai travaillé à l’élaboration d’un spectacle de cirque avec Jean Genet. Il y avait assez de matériel pour faire 4 heures de spectacle. Quand il a fallu passer à la réalisation, j’ai pris ma voiture et je suis parti sur les bords de la Loire faire des paniers en osier. Dix ans plus tard, je redécouvre le cirque dans un camp tsigane de Nanterre. J’ai acheté un morceau de toile, un vieux camion, quelques caravanes. Délia (sa femme) m’a suivi, nous avons fait quelques enfants et nous avons pris la route, quelques gitans dans une piste, Délia au chant, entourée d’un violon, une contrebasse, un accordéon. Même dans mes rêves les plus fous, je n’aurai jamais imaginé avoir autant de succès avec un spectacle aussi simple, aussi dépouillé ». Alexandre Romanès utilise les termes « simple » et « dépouillé » pour décrire l’ambiance de son cirque et ne se trompe guère.

Des ours au chapiteau

« Notre cirque n’est pas le théâtre de revendications particulières, c’est notre mode de vie, nous n’en avons pas d’autres », raconte Alexandre Romanès, le père de la troupe. Contrairement aux idées reçues, le cirque ne serait donc pas une tradition gitane. Mais alors pourquoi parle-t-on de cirque tsigane ? « Jusqu’en 1914, la famille de mon grand-père a traversé l’Europe de l’Est, s’est cachée dans les forêts pour échapper aux pouvoirs en place et a été en contact direct avec les ours. Ma famille rejoignait régulièrement la ville la plus proche pour montrer ses ours muselés à la foule qui s’attroupait ». On les appelait les gitans montreurs d’ours. Dès lors, ceux de la famille qui ne tenaient pas les ours en laisse s’adonnaient à un spectacle et à des acrobaties qui aujourd’hui sont les ancêtres du cirque tsigane. A partir de 1914, le grand-père Romanès décida d’ériger un chapiteau, puisque le cirque était devenu leur unique moyen de survie. Ainsi, la famille Romanès est venue au cirque, non par tradition, mais par cohésion avec leur mode de vie. Mode de vie que Alexandre n’entend pas modifier.

Des valeurs ancestrales

Alors que plus de 90 % des gitans français ont fait le choix de l’intégration, la famille Romanès continue à vivre en roulottes. La troupe de ce cirque tsigane est composée de deux familles, l’une fait partie des gitans français, l’autre vient de Hongrie et de Roumanie. À l’origine, les gitans viendraient de l’Inde. Alexandre Romanès explique cette provenance en précisant que la langue Rrom est très imprégnée du sanscrit, tout comme la culture tsigane revendique son attachement aux valeurs culturelles traditionnelles de l’Inde. Le pays de Shiva a cette particularité de faire de la famille le socle de la société. Exit l’individualisme, la notion d’ego, l’idée de familles restreintes, et plus encore celle de maisons de retraite. On vit en communauté ou on ne vit pas. La culture tsigane repose sur ses principes fondamentaux, ce qui, dans nos sociétés occidentales, en fait une culture à part. D’autant plus que la famille Romanès fonctionne selon un matriarcat. Les femmes possèdent tout, de la caravane, à la voiture, en passant par l’argent, tandis que leurs enfants portent leur nom. Elles prennent les décisions importantes et ce qu’elles décident n’est pas réfutable.

Si vous allez voir le cirque Romanès tsigane, ce que la rédaction vous recommande chaudement, vous n’aurez pas seulement droit à un spectacle de cirque, vous aurez également partagé pendant un instant la vie de personnages hors du temps.

Du 17 janvier 2009  au  1er février 2009 à Paris au Chapiteau Romanès : au niveau du 42-44 Bd de Reims 75017 Paris, Métro : Porte de Champerret. (Vendredi 30 janvier à 20h30; Samedi 31 janvier à 16h et 20h30; Dimanche 1er février 2009 à 16h.) – Du 23 au 25 janvier 2009 au Cirque Jules Vernes d’Amiens. Du 11 au 17 février 2009 à Valencia en Espagne.

A lire, aux éditions Gallimard, de Alexandre Romanès :

Un peuple de promeneurs, 2000, en collaboration avec Lydie Dattas.

Paroles perdues, 2004.

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Annabel

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