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Performances et papillons de nuit à June Events

Performances et papillons de nuit à June Events

10 juin 2019 | PAR Juliette Mariani

La treizième édition du festival de danse et de performance contemporaines June Events frappait fort ce week-end avec Fictions, une nuit orgiaque de créations chorégraphiques dans les théâtres de la Cartoucherie, au beau milieu du bois de Vincennes.

Des singes et des hommes

Dès 19 heures 30, Sarah Vanhee donnait le ton avec Unforetold, une pièce jouée dans le noir par des enfants qui nous ont bluffé et dont nous vous invitons à lire la critique ici.

Mais le plus étrange restait à venir dans le studio de l’Atelier de Paris, où se jouait la performance Consul et Meshie, chorégraphiée par Nadia Lauro, avec Antonia Baehr dans le rôle de Consul et Latifa Laâbissi dans celui de Meshie. Qui sont Consul et Meshie ? Deux guenons qui auraient vécu comme des humaines au début du XXe siècle, quoique l’authenticité de cette anecdote historique reste incertaine. Quoi qu’il en soit, pendant trois heures et demie, les spectateurs sont invités à se déchausser puis à s’asseoir ou s’allonger sur des coussins plats, pour observer comme par le trou de la serrure une tranche de vie de ces deux chimpanzés qui méprisent leur condition animale. Tous les spectateurs ne sont pas conquis, et nombreux sont les sceptiques qui quittent la salle en grommelant « ça ne rime à rien ! » 

En effet, tout manque de sens dans cette performance contemporaine ! Ou n’est-ce pas l’excès de significations qui nous fait tourner la tête ? Car nous avons affaire à la plus étrange des mises en abyme : deux femmes, déguisées en guenon, jouent des guenons déguisées en femmes. Elles oscillent incessamment entre le simiesque et l’humain : elles étirent leurs longs membres en des gestes saccadés, mais jouent aux cartes et connaissent Sartre et Deleuze. Elles ont les ongles vernis et portent des lunettes, mais grognent et leurs visages se tordent en mimiques animales ; elles lancent des noix de cajou sur les spectateurs, mais maîtrisent l’art de coudre le point colonial. Leur but : faire comprendre à ces spectateurs qui les observent comme un public de zoo qu’elles ne sont pas des singes en cage, mais des humaines civilisées. A ce dessein, la seule musique qu’elles écoutent clame You’re not a monkey! La performance joue également sur les références classiques, quand les guenons se transforment en tableaux vivants : on la croit gagnée par une bizarrerie impudique de singe, mais en pinçant le téton de sa voisine, Consul Baehr reproduit le Portrait de Gabrielle d’Estrée et sa sœur au bain, de même que lascivement allongée, la guenon pastiche L’Olympia de Manet.

Du bruit dans nos estomacs

Le début d’une nouvelle performance nous oblige à quitter ces étonnants chimpanzés, qui continuent leur performance pour encore deux heures. En effet, dans la salle de spectacle de l’Atelier de Paris, nappes blanches et verres à pied accueillaient pour un banquet performatif une centaine de convives, plus ou moins décontenancés selon leur niveau de proximité avec une performeuse déguisée en estomac géant et juchée sur une table. Tandis que sa consœur lui donne la réplique en anglais, l’estomac géant nous propose de nous concentrer sur nos papilles mouillées avec une voix désincarnée, tout droit sortie d’une chaîne youtube de méditation pleine conscience. « Amenez votre conscience sur votre cavité buccale… sentez le fait de saliver… sentez cette hydratation descendre dans votre estomac… »

De quoi nous mettre en bouche pour la suite, car l’association Les mères en place, qui organise de nombreuses activités pour les jeunes du XIXe arrondissement et lutte pour leur alphabétisation, nous proposait des plats traditionnels africains absolument délicieux : mafé au poulet, beignets et boisson au gingembre. Les dernières bouchées avalées, une petite danse est improvisée par les cuisinières, avant que les performeuses Louise Siffert, Célia Gondol et Nina Santes ne se lancent dans une nouvelle performance haute en cris et en couleurs autour et sur les tables du banquet.

Diurne et nocturne

La soirée ne se termine pas là : alors que nous nous sommes armés de petites lampes torches multicolores, la fiction se poursuit avec une percée nocturne dans le Parc Floral. De haltes en haltes, nous sommes invités à participer à des expériences-conférences plus ou moins loufoques, notamment sur le survivalisme et l’art de faire du feu dans un monde post-apocalyptique. Des expériences qui font frissonner dans ce parc où la nature sauvage et les performeuses se disputent l’obscurité… Fictions continuait encore tard dans la nuit avec un concert futuriste de la chanteuse et performeuse sud-africaine Angel-Ho, suivi d’un DJ Set final de Lise Vermot, qui nous apprenait ni plus ni moins à devenir une Sex Goddess !

Visuels : image de une & 1ère image : Consul et Meshie, visuels du spectacle par © Anja Weber – Autres visuels par © Juliette Mariani pour Toute La Culture 

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