Performance
Eszter Salamon, entre symétrie et continuité aux Inaccoutumés

Eszter Salamon, entre symétrie et continuité aux Inaccoutumés

25 novembre 2019 | PAR Bénédicte Gattère

M/OTHERS, c’est une proposition forte. Une heure et demie d’un duo inattendu qui nous amène aux frontières de nous-mêmes. Présenté pour la première fois en France dans le cadre du festival des Inaccoutumés à la Ménagerie de verre, il explore la relation mère-fille au-delà des mots. Et avec quel brio !

Souvent en psychanalyse, la mère cristallise cet autre en nous, et c’est ce que nous suggère le titre de cette pièce. « M/OTHERS » représente « M », « Maman », la matrice, l’alpha de notre existence sur terre, et les autres. Les autres peuvent ici représenter les autres mères, celles du monde entier, dans laquelle chacun.e reconnaît la sienne aussi bien que les différentes facettes de celle que l’on s’est habitué.e à voir uniquement comme « mère ». Dernière création de son cycle « MONUMENT », cette pièce vient mettre en jeu une relation particulièrement intime et complexe, celle de la relation parent-enfant. Faisant se rejoindre l’art et la vie, la performeuse Eszter Salamon décide de prendre sa propre mère comme partenaire de cette exploration au sol, face à un public.

La chorégraphe dit d’elle « qu’elle est devenue danseuse à 75 ans ». Si ce n’est pas la première fois qu’elle performe dans l’un de ses projets, ici Erzsébet Gyarmati a coécrit cette pièce avec sa fille et surtout, y joue son propre rôle. Subtilement, dans un jeu de miroirs, les gestes se répondent. Les spectateurs et spectatrices peuvent jouer au jeu des 7 différences, attentifs et attentives au passage du temps qui sépare les deux corps. Qui deviendra qui ? Qui devient qui ? S’instaure une réflexion sur le mimétisme et la construction de sa propre identité, au-delà, mais à l’intérieur même du lien. Qu’est-ce qui se joue en termes de transmission ? Et en définitive, n’est-elle pas inversée, –puisque la mère initie chaque geste et chaque mouvement de l’écriture chorégraphique mais semble tout de même guidée par sa fille ? Toutes ces questions, Eszter Salamon, habituée de la performance dans les musées ou centres d’art, sait les mettre en forme.

Précisément, la force de M/OTHERS réside dans la conception d’une proposition plastique pensée comme une sculpture vivante à deux. En constante évolution elle joue sur la continuité qui se tisse entre deux corps que les années et les parcours opposent mais qui restent intimement unis. S’appuyant sur le texte Composition As Explanation de Gertrude Stein déclamé à tour de rôle dans un jeu d’écho, la performance montre ce lien profond qui unit mère et fille dans la composition de la vie : « rien ne change sinon ce qui est vu ».

Toutes les informations concernant les prochaines dates du cycle « MONUMENT » sont à retrouver sur ce site.

Visuel : © Alain Roux

 

Mort de la princesse Bopha Devi, fille de Norodom Sihanouk, qui porta la résurrection du Ballet royal du Cambodge.
Une playlist presque virile (en fait)
Bénédicte Gattère
Étudiante en histoire de l'art et en études de genre, j'ai pu rencontrer l'équipe de Toute la culture à la faveur d'un stage. L'esprit d'ouverture et la transdisciplinarité revendiquée de la ligne éditoriale ont fait que depuis, j'ai continué à écrire avec joie et enthousiasme dans les domaines variés de la danse, de la performance, du théâtre (des arts vivants en général) et des arts visuels (expositions ...) aussi bien que dans celui de la musique classique (musique baroque en particulier), bref tout ce qui me passionne !

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