Opéra

Un séduisant Comte Ory à Liège

Un séduisant Comte Ory à Liège

30 décembre 2018 | PAR Gilles Charlassier

L’Opéra de Liège met Rossini à l’honneur pour les fêtes, avec une nouvelle production du très vitaminé Comte Ory réglée par Denis Podalydès, cadeau de Noël de l’Opéra Comique l’an dernier.

[rating=4]

A côté des incontournables Offenbach et autres ouvrages légers et bouffes programmés pour les fêtes de fin d’année, Rossini n’a pas volé sa réputation de champagne, que le réjouissant Comte Ory ne démentira pas. C’est avec une coproduction avec l’Opéra Comique que Liège termine l’année 2018. Confiée au très sollicité Denis Podalydès, la mise en scène, déjà applaudie en décembre 2017 à Favart, révèle un évident sens de l’équilibre. Sans s’avilir à la modernisation potache, le spectacle ne recherche pas pour autant une improbable reconstitution historique qui ne rejoindrait guère les intentions du livret de Scribe et Delestre-Poirson : le cadre des croisades sert d’abord de prétexte à l’éloignement des maris et l’exacerbation de l’attente conjugale – et de la frustration causée par le puritanisme. C’est d’ailleurs à l’époque de la création de l’ouvrage que le décor d’Eric Ruf – avec les costumes de Christian Lacroix – fait référence. La toile qui sert de rideau se scène évoque la colonisation, alors contemporaine, de l’Algérie. Les éclairages de Stéphanie Daniel accompagnent une direction d’acteurs efficace et dynamique, sans s’abîmer dans le gag, et qui est relayée par une coordination des ensembles par Cécile Bon.

Le sel d’un bon Rossini tient naturellement à la distribution vocale. Dans le rôle-titre, Antonino Siragusa privilégie, par caractère, la vitalité à la souplesse de la ligne, sans négliger pour autant la richesse de l’expression. La santé des aigus voisine avec des mezza-voce habiles, résumant avec une conviction communicative la figure du libertin. En Isolier, Josè Maria Lo Monaco compense avantageusement une diction un rien allophone par une belle homogénéité, idéale pour l’adolescence du page. Enrico Marabelli impose la gouaille de Raimbaud, quand Laurent Kubla fait valoir la carrure du Gouverneur. Alexise Yerna compose, quant à elle, une Dame Ragonde pincée à souhait. Mais c’est bien la Comtesse Adèle campée par Jodie Devos qui se distingue le mieux. Le babil fruité de la soprano belge se glisse à merveille dans la mélancolie de la châtelaine, et épouse admirablement les élans contrariés de son cœur autant que le moindre des linéaments d’une écriture vocale conjuguant virtuosité et sentiment. Fraîcheur et intelligence musicale façonnent une incarnation qui ne peut qu’enchanter les oreilles. Préparés par Pierre Iodice, les choeurs remplissent honorablement leur office, assumant la variété de styles qui leur incombe. Dans la fosse, Jordi Bernàcer fait vivre les rythmes et les couleurs de la partition, encourageant ça et là les saveurs des pupitres de l’Orchestre de l’Opéra-Royal de Wallonie-Liège. Une fin d’année gourmande pour les mélomanes !

Gilles Charlassier

Le Comte Ory, Rossini, mise en scène : Denis Podalydès, Opéra de Liège, jusqu’au 2 janvier 2019

© Opéra Royal de Wallonie-Liège 

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Gilles Charlassier

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