Danse

Show, la macabre danse baroque d’Hofesh Shechter

Show, la macabre danse baroque d’Hofesh Shechter

30 décembre 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le théâtre de la Ville accueillait jusqu’à aujourd’hui la reprise de la dernière création du chorégraphe londonien d’origine israélienne. Sa particularité : être portée par sa jeune troupe : Shechter II qui a reçu le Prix de la Critique « meilleurs interprètes » lors du passage de la pièce aux Abbesses en avril 2018.

Show ressemble en beaucoup de points à Sun. Pas d’autoplagiat pour autant mais un fil conducteur qui donne le La de toute l’œuvre du danseur formé par Ohad Naharin: la rage.

Comme dans Sun (2014), la lumière est chaude comme le soleil et la brume est celle de la poussière des champs de Rave. Comme dans Sun, les costumes rappellent les pastorales et les danses galantes. Et puis dans Show, l’un des morceaux est le psychédélique « Sun »de Kim Jung Mi

Show est un mix de plusieurs pièces : Clown, The Entrance et The Exit. La farandole vient croiser les danses hassidiques dans un mélange interculturel que le chorégraphe manie à merveille dans toutes ses pièces.

Avouons qu’il est difficile de ne pas attendre de la nouvelle garde la même puissance que leurs aînés dans Grand Finale où les danseurs étaient littéralement éjectés d’eux-mêmes. Ici, le rythme est (un peu) moins barbare. Il n’est pas doux pour autant. La musique a le tempo et le son d’une mitrailleuse.  Le tout formant un battement d’un cœur au bord de la saturation.

La danse prend son centre de gravité très bas pour mieux s’élever dans des cambrures qui s’accompagnent de mains gesticulantes, comme possédées. Et l’idée d’un démon n’est pas loin  dans des propositions fantomatiques où les cadavres se relèvent et retrouvent leur tête sur leur corps de pantins désarticulés.

Et Hofesh fait ce qu’il fait de mieux, il accélère parfois dans ces scènes de groupes où, dans une pénombre lumineuse, il y a une urgence tribale. Et pour cause. Ici on ne peut faire confiance à personne. L’ami devient l’ennemi qui fusille ou égorge. Le chorégraphe convoque son monde et fait danser l’horreur comme si c’était une farce .

Dans Show, si Robinson Cassarino, Emma Farnell-Watson, Natalia Gabrielczyk, Adam Khazhmuradov, Neal Maxwell, Zunnur Sazali, Juliette Valerio et Riley Wolf sont des clowns, ils ont le sourire du Joker et le rideau de fond de scène qui passe du rouge au bleu semble parfaitement être issu d’une scène de Mulholand Drive. Une vraie fiction donc, qui fait penser, une heure seulement, que la mort nous fait des blagues.

Pour le moment, aucune nouvelle date est annoncée. A suivre ! 

Visuel :©Théâtre de la Ville

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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