Opéra
Un Cosi de tréteaux à Toulouse

Un Cosi de tréteaux à Toulouse

09 octobre 2020 | PAR Gilles Charlassier

Le Théâtre du Capitole ouvre sa saison avec un Cosi fan tutte réglé par Ivan Alexandre pour Drottningholm, avec un solide cast de voix françaises, sous la direction de Speranza Scappucci.

[rating=4]

L’ouverture de cette saison ne ressemble à aucune autre. La crise sanitaire a conduit nombre de maisons d’opéra à revoir la programmation, quand certaines ont dû annuler au dernier moment leurs représentations pour cause de coronavirus dans les équipes artistiques, à l’instar de Rouen ou de l’Opéra Comique. Au Théâtre du Capitole à Toulouse, Christophe Ghristi a privilégié une certaine prudence, avec un Cosi fan tutte importé de Drittningholm, et que l’on aurait dû voir à Bordeaux en fin de saison dernière, dans le cadre du cycle Mozart/Da Ponte réglé par Ivan Alexandre.
Pour le dernier volet de la trilogie, le metteur en scène français a choisi de mettre l’accent sur l’artifice théâtral. Dessinée par Antoine Fontaine, la scénographie tient du dispositif de tréteaux, propice à cette expérimentation morale, dans un vestiaire hérité du siècle des Lumières. Avec ses rideaux qui scandent les différentes séquences, dissimulations et déguisements, l’ensemble prend le parti littéral du jeu, appuyé par toute une iconographie d’un set de cartes qui tapisse jusqu’aux tentures du plateau en abyme. Les éclairages à hauteur d’homme plutôt que de cintres modulés par Tobias Hagström Stråhl imitent les teintes de la bougie d’époque pour favoriser une atmosphère intimiste, abstraite des fureurs du monde extérieur simplifiées dans un factice appel au combat. Dans l’esprit même de l’ouvrage, la présente lecture privilégie l’édification à une crédibilité réaliste au fond sans objet. La direction d’acteurs s’ingénie parfois à quelques clins d’oeil avec le public, à l’exemple de l’évanouissement de Fiordiligi que le spectateur croirait, un instant, moins contrefait que nécessaire.
Le plateau vocal met à l’honneur les gosiers français et francophones. En Fiordiligi, Anne-Catherine Gillet imprime sa sensibilité frémissante, esquissant avec la clarté de son émission la sincérité vulnérable et tragique du personnage, qui contraste de manière pertinente avec la versatilité plus insouciante de la Dorabella incarnée par une Julie Boulianne au mezzo homogène et charnu, sans effets trop appuyés. Côté messieurs, Alexandre Duhamel affirme un Guglielmo robuste et un rien hâbleur, mis en valeur par une évidente plénitude de moyens. En Ferrando, Mathias Vidal confirme l’intéressante maturation de sa voix, et cisèle avec autant de musicalité que de science des émotions l’évolution psychologique d’un Ferrando à fleur de peau, remarquablement investi. Sandrine Bouliane condense, dans un timbre au spectre un rien soubrette, la fraîcheur rusée de la servante, quand le solide Don Alfonso Jean-Fernand Setti tire habilement les ficelles de l’intrigue en faisant poindre un soupçon de désillusion blasée dans une composition où la voix et le théâtre rivalisent d’accomplissement. Préparés par Alonso Caiani, les interventions des choeurs sont réparties dans les loges et le paradis. Dans la fosse, Speranza Scappucci impulse un allant au service d’une fluidité dramatique nerveuse, sans relâche, au service du sourire spirituel de l’ouvrage. Signalons une diffusion en direct de la représentation du 9 octobre sur le site du Théâtre du Capitole. Une opportunité de plus pour ne pas manquer cette rentrée toulousaine vitaminée !

Gilles Charlassier

Cosi fan tutte, Théâtre du Capitole, Toulouse, jusqu’au 11 octobre 2020
©Mirco Magliocca

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