Opéra

Saint-Etienne célèbre Massenet avec Hérodiade

Saint-Etienne célèbre Massenet avec Hérodiade

19 novembre 2018 | PAR Gilles Charlassier

 

Ville natale de Massenet, Saint-Etienne met à l’affiche Hérodiade, dans une mise en scène sobre de Jean-Louis Pichon, avec un plateau vocal qui fait honneur à l’école française du chant, et une direction intelligente et sensuelle de Jean-Yves Ossonce.

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Si Werther et Manon sont régulièrement à l’affiche des théâtres lyriques, le reste de la production de Massenet se fait nettement plus discret. Siège pendant plus de deux décennies d’une Biennale consacré au compositeur, natif de la préfecture de la Loire, l’Opéra de Saint-Etienne a largement contribué à remettre un l’honneur un corpus injustement frappé de désuétude. Même si le format festivalier n’est plus d’actualité, l’institution ne renonce pas à défendre Massenet, et elle le démontre de manière remarquable avec une nouvelle production de Hérodiade confiée à Jean-Louis Pichon, présentée à Marseille au printemps dernier.

Si le travail du metteur en scène français ne se soumet pas aux diktats des iconoclasmes avant-gardistes, la scénographie baignée de monochromes sable et or qu’il signe avec Jérôme Bourdin, rehaussée par les lumières de Michel Theuil, installe une atmosphère évocatrice et efficace. Celle-ci réserve de beaux tableaux à la dramaturgie littérale et consonante avec le genre du grand opéra, avide d’illustrations historiques et psychologiques. Habillant le plateau, des lances de bois clair tissent un canevas qui esquisse, par métonymie, la Palestine romaine et ses centuries armées, autant que le pouvoir du tétrarque Hérode et sa famille. Des vidéos, conçues par Georges Flores, tapissent dynamiquement le fond de scène.

Mais ce dispositif sert avant tout d’écrin à des incarnations puissantes, portées par une distribution qui fait honneur à l’école française du chant, autant qu’à une diction sans reproche, jusque dans les rangs des choeurs, préparés avec soin par Laurent Touche. Premier à entrer en scène, Nicolas Cavallier déploie en Phanuel l’assurance d’une voix portée par l’onctuosité de son legato et la richesse de ses harmoniques sur lesquels les ans semblent n’avoir guère de prise. La maturité du timbre résume magnifiquement l’autorité paternelle du devin chaldéen. Elodie Hache détaille la sensualité mystique de Salomé, sans négliger l’aplomb de la ligne et des aigus. Mezzo au médium bien présent, Emanuela Pascu fait vibrer la jalousie vindicative de Hérodiade. Prudent sans doute au début, Florian Laconi donne toute sa mesure dans son air de vanité au quatrième acte, « Adieu donc, vains objets », irradiant d’une intense intériorité religieuse. Christian Helmer ne démérite pas en Hérode solide, quoique sans grand relief.

Les interventions de Jean-Marie Delpas (Vitellius), Catherine Séon (la Babylonienne), Bardassar Ohanian (le Grand-Prêtre) et Pierre-Yves Têtu (la Voix) complètent le tableau, de concert avec les athlétiques danses et pantomimes des soldats et des femmes réglées par Laurence Fanon. Dans la fosse, Jean-Yves Ossonce s’appuie sur les excellents pupitres de l’Orchestre Symphonique Saint-Etienne Loire – songeons aux solos de violoncelle ou de saxophone par exemple, d’une chair sensible – pour animer avec intelligence et précision les ressources chatoyantes d’une partition qui ne cède jamais à des effets gratuits. D’instinct, le chef français rend justice au génie d’une œuvre qui mériterait de figurer plus régulièrement dans les programmations lyriques : la finesse musicale n’a pas besoin de l’alibi de la modernité.

Gilles Charlassier

Hérodiade, Massenet, Opéra de Saint-Etienne, novembre 2018

©Cyrille Cauvet – Opéra de Saint-Étienne

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Gilles Charlassier

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