Opéra

Sagesse mozartienne à Tourcoing

Sagesse mozartienne à Tourcoing

08 février 2019 | PAR Gilles Charlassier

Dernier opus lyrique de Mozart, La Clémence de Titus est à l’affiche de L’Atelier Lyrique de Tourcoing dans une mise en scène de Christian Schiaretti, sage et respectueuse, avec une distribution de jeunes solistes.

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Si certaines maisons aiment bousculer les œuvres, ce n’est la facilité que choisit l’Atelier Lyrique de Tourcoing, inlassable terreau pour les nouvelles générations d’artiste depuis près de quatre décennies, qui privilégie une sobriété poétique. Le fidèle Christian Schiaretti, qui a signé ici une dizaine de spectacles, n’y déroge pas dans sa lecture de l’ultime opéra de Mozart, La Clémence de Titus. Dessinée par Fanny Gamet, la scénographie de colonnes doriques scandée de rideaux rouges et habillée par les lumières Julia Grand qui s’enflamment de rouge dans l’incendie du Capitole, privilégie une abstraction antique qui ne déparerait pas chez Racine – Bérénice traite du même sujet. On reconnaîtra dans le panorama urbain baigné de soleil la perspective que l’on embrasse depuis la Villa Médicis, clin d’œil dans un spectacle qui ne s’égare pas dans l’iconoclasme, dans le jeu d’acteurs comme dans les costumes – imaginés par Emily Cauwet-Lafont, et les décors.

Dans l’esprit initié par son fondateur Jean-Claude Malgoire, le plateau privilégie la jeunesse. C’est la Vitellia de Clémence Tilquin qui s’en détache le mieux : la rondeur de l’émission, et l’homogénéité au fil de la soirée d’une incarnation sensible, sans verser dans un mélodrame hors-sujet, retient l’attention. En Tito, Jérémy Duffau ne néglige pas la vaillance, même si les vocalises, fragiles plus d’une fois dans l’aigu et la vélocité, font entendre des marges certaines de progression. Amaya Dominguez livre un Sesto frémissant et investit, même si l’on peut préférer des timbres un peu plus charnus. La légèreté d’Annio sied à Ambroisine Bré, plus en situation dan des récitatifs bien dessinés que des airs au souffle un peu trop modeste. Juliette Raffin-Gay affirme une Servilia féminine, moins réservée que de coutume dans l’économie usuelle de la distribution vocale. Marc Boucher évite avec instinct la lourdeur qui écrase parfois Publio.

A la tête de La Grande Ecurie et la Chambre du Roy, Emmanuel Olivier s’appuie sur les couleurs d’époque des pupitres – on retiendra, entre autres, le solo de clarinette dans le rondo de Vitellia, Non piu di fiori, aux modulations d’une liberté inspirée –, sans pour autant s’interdire de lier la texture des violons dans une fluidité de classicisme viennois qui pondère la vitalité dramatique de l’ouvrage. On saluera les interventions équilibrées des chœurs. Les saveurs de la soirée restent un peu sages, à l’image d’une production souvent plus respectueuse qu’inventive. Si la saison se termine par L’Occasione fa il ladro de Rossini, on pourra apprécier le travail de l’assistante de Christian Schiaretti, Victoria Duhamel, dans une création familiale, La forêt bleue de Louis Aubert, en avril prochain.

La Clemenza di Tito, Mozart, mise en scène : Christian Schiaretti, Théâtre Municipal, Tourcoing, février 2019

Visuel © Danielle Pierre

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