Classique

La Troisième de Mahler par l’Orchestre de l’OnP et Philippe Jordan

La Troisième de Mahler par l’Orchestre de l’OnP et Philippe Jordan

08 février 2019 | PAR Clément Mariage

L’Orchestre de l’Opéra de Paris quitte la fosse de l’Opéra Bastille pour s’élever dans une interprétation luminescente de la Troisième Symphonie de Mahler.

Œuvre monstrueuse, difficilement caractérisable en quelques mots, la Symphonie n°3 de Gustav Mahler est l’une des symphonies les plus longues du répertoire (près d’une heure quarante de musique). Ce monument, démesuré par ses dimensions, se présente comme l’effort éperdu de création d’une symphonie-cosmos, où se heurtent et se mêlent, dans six mouvements contrastés, élans lyriques et marches militaires, rudesses minérales et métamorphoses végétales, voix humaines et fracas sauvages, détresse extrême et espérance inaltérable. Difficile, quelle que soit les qualités de l’interprétation, de quitter cette œuvre-monde sans être dévasté par sa force inouïe.

L’Orchestre de l’Opéra de Paris n’en est pas à sa première interprétation de l’œuvre, puisque la Troisième symphonie de Gustav Mahler, ballet de John Neumeier sur la musique de Mahler est entré au répertoire de la maison en mars 2009, avant d’être repris en avril 2013 (les deux fois à l’Opéra Bastille). De plus, l’orchestre a déjà interprété les Symphonies n°2, 4 et 9 de Mahler sous la direction de son directeur musical, Philippe Jordan.

Dès le premier mouvement, ce qui frappe d’emblée est la clarté avec laquelle les instrumentistes de l’orchestre offrent cette musique. Clarté non nécessairement d’articulation, mais de teintes : les timbres sont lumineux, diaphanes, radieux (le violon caressant de Frédéric Laroque, le hautbois limpide d’Anne Regnier, le trombone éclatant de Jean Raffard), même les clarinettes et les flûtes glapissantes s’offrent avec une fraîcheur toute aquatique. Les mouvements suivants confirment cette impression générale (où l’on voit notamment se distinguer Frédéric Chatoux à la flûte et Jacques Tys au hautbois), jusque dans un dernier mouvement d’une radieuse luminosité, où tous les pupitres de cordes s’élèvent dans un immense mouvement extatique et luminescent. Cette unité de ton, qu’on peut trouver trop univoque pour une œuvre si contrastée, ne se retrouve pas nécessairement dans l’architecture d’ensemble, car Philippe Jordan semble vouloir mettre en évidence les différents segments de chaque mouvement, en les séquençant précisément. Paradoxalement, cela ne conduit pas à donner l’impression d’un morcellement de la structure de l’œuvre, car ces différentes parties sont maintenues ensemble par cette grande poussée lumineuse, qui n’est pas qu’un halo ornemental, mais une véritable finalité expressive.

L’Orchestre de l’Opéra de Paris fait montre d’une grande précision technique (quelques accrocs récurrents dans les attaques des cors ne suffisent pas à faire penser le contraire), ce qui n’est pas toujours le cas du Chœur de l’Opéra, aux interventions certes courtes, mais à la diction floue et aux sonorités parfois ingrates. Les enfants de la Maîtrise des Hauts-de-Seine, quant à eux, se montrent impeccables de musicalité et de couleurs. La mezzo-soprano Michaela Schuster, au maintien et au ton de Pythie, clame le poème de Nietzsche, extrait d’Ainsi parlait Zarathoustra : « O Mensch! Gib acht! » (« Ô homme ! Prends garde ! »). La voix n’a pas une grande puissance de projection, mais la chanteuse capte l’attention par une diction appuyée, presque « expressionniste ». Comme évoqué plus haut, c’est le dernier mouvement qui est l’apothéose de cette interprétation réussie, qui atteint là des cimes éclatantes, élevant l’auditeur dans une ascension sereine et absolue. Même en observant cinq secondes de silence après le dernier écho de l’ultime accord, le retour à la réalité par les applaudissements enthousiastes du public a quelque chose d’une chute violente.

Le concert sera bientôt diffusé sur France Musique.


Crédit photographique : l’auteur

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